Ceci est une nouvelle histoire Titre : La Saint Jean - texte complet Auteur : La Petite Fille Modèle Email : lapetitefillemodele[at]tutamail.com (remplacez [at] par @) Personnages : 25 hommes, 25 femmes, 1 adolescente La plus jeune fille a 12 ans Exhibitionnisme Orgie 1ere fois Oral Pénétration anale Pénétration vaginale Texte reçu le 03/03/2026 Texte publié le 16/03/2026 Résumé : Une jeune fille de douze ans, très assidue dans ses études, se lâche et découvre le sexe sans limites. Rappel : Toutes nos histoires sont purement imaginaires. Toute ressemblance avec une personne vivante ou morte n'est qu'une coïncidence. Ceci provient des histoires taboues (infos : https://tinyurl.com/infosht). Cette œuvre littéraire vous est offerte gratuitement, son auteur en conserve la propriété intellectuelle. Sauf si stipulé autrement, vous pouvez la republier sur un autre site gratuit à condition de ne rien modifier et de laisser les notices de début et de fin de page. La Saint Jean - texte complet par La Petite Fille Modèle Mon père surveillait de très près ma scolarité. J'avais deux ans d'avance, douze ans et demi à la fin de la troisième. Les mauvaises notes étaient interdites chez moi, de mes quatre années de collège seulement trois tombèrent en dessous du dix-huit. Dix-huit sur vingt, bien entendu. Et chacun de ces échecs fut suivi d'une punition. J’excellais dans toutes les matières : français, SVT, physique, mathématiques, anglais, allemand, latin, musique, arts plastiques, même en sport. Dans cette dernière matière, j'avais une notation aménagée à cause de mon jeune âge. L'épreuve du brevet des collèges fut une blague, j'ai eu les meilleurs résultats du département : note maximum partout ! Pour l'année à venir, j'étais bien sûr inscrite dans le meilleur lycée. Je progressais très vite en chinois ; mon père insistait pour que j'en étudie la langue, il me payait des cours particuliers. C'est l'avenir, disait-il. Je faisais aussi de la danse classique et de la danse de salon, du piano, du solfège. Ma vie était bien remplie. Ce matin-là, je ne me suis pas levée. C'était un samedi, je devais réviser Virgile. Je devais travailler mon piano, aussi, mes gammes manquaient encore de fluidité, d'après mon père. Mais je ne me suis pas levée, c'est tout. Une part de mon esprit avait du craquer pendant la nuit, au matin plus rien ne fonctionnait. Je ne me levais plus. Au début mon père s'est un peu agacé, puis il a crié, et enfin il m'a punie. Vers 10h00 du matin, il a commencé à s'inquiéter, il a trouvé un pédiatre en urgence et m'a emmenée consulter. La docteure était une femme sèche et âgée, le visage marqué de rides profondes, elle sentait le tabac. Mon père lui a expliqué la situation, son étonnement devant mon attitude amorphe, son inquiétude. Elle a acquiescé sans rien dire, je me suis mise en sous-vêtements et elle m'a auscultée. Elle m'a mesurée, pesée, a fait jouer mes articulations. Ensuite elle m'a dit de me rhabiller. Elle m'a demandé ce que je faisais en ce moment, mes projets pour les vacances d'été. - Elle doit partir dans dix jours pour le New Jersey en bain linguistique dans une famille américaine, a répondu mon père. C'est une excellente élève, brillante, deux ans d'avance, mais elle doit encore apprendre l'anglais tel qu'on le parle. Ensuite, nous partons trois semaines en famille du côté de Shanghai : le chinois c'est important, c'est l'avenir. - Oui, à fait la toubib en traînant la voix. Je vois, je vois... Et à l'école, ça se passe comment ? - Une élève brillante, je viens de vous le dire ! Note maximale partout au brevet. Aucun problème de ce côté, bien au contraire. - Moui, je vois, je vois. Pour l'année prochaine, tu es inscrite dans quel lycée ? - À Rochambeau, que croyez-vous ? Si on veut préparer un peu sérieusement les études, le meilleur lycée s'impose. Je pense que... - Vous pourriez un peu fermer votre grande gueule de grand con ? Mon père, qui commençait à s'exaspérer des questions de la toubib, en resta muet de surprise. Moi, j'ouvris de grands yeux : jamais de ma vie je n'avais encore vu quelqu'un tenir tête à mon père ni discuter ses ordres ! Et surtout pas sur ce ton ! Une vraie insulte, « grande gueule de grand con », bille en tête, sans préavis ! - Que venez-vous de dire, finit-il par dire d'une voix blanche, se levant à demi du fauteuil avec les veines du cou qui saillaient ? Osez seulement répéter, juste pour voir. - Vous pourriez fermer votre grande gueule de grand con ? C'est plus clair comme ça ? Depuis quinze minutes que vous êtes là, votre fille n'a pas prononcé un mot, vous avez toujours répondu à sa place. - Je suis son père, sachez-le, et je suis responsable de son éducation, de son avenir, de... - Et moi je suis médecin et je suis responsable de sa santé. Et vous feriez mieux de vous rasseoir et de quitter ce ton menaçant, ça ne vous apportera rien. Votre fille est malade. Très malade. Et c'est grave. Alors vous allez fermer votre grande gueule de grand con et écouter ce que j'ai à vous dire. J'étais gravement malade ? J'ai à peine froncé les sourcils : depuis ce matin je me fichais de tout, de ça comme du reste, cette nouvelle me glissait dessus comme de l'eau sur les plumes d'un canard. Mon père quant à lui accusait le choc, il s'assit au fond du fauteuil et me regarda d'un air inquiet : - Il vaut mieux que tu sortes ma chérie, va m'attendre dans la salle d'attente, je dois discuter avec madame. - Putain, vous êtes vraiment le roi des cons ! Reste ici, louloute, assieds-toi sur le fauteuil, là, à côté de ton père. Sachez bien, monsieur, qu'ici c'est moi qui décide, pas vous. Il a fait un très gros effort pour garder son calme pendant que la docteure en face de lui ne bougeait pas un cil, très sûre d'elle. Elle a repris, de sa voix grasseyante de fumeuse : - Vous parlez à sa place. Vous organisez ses vacances, ses loisirs si elle en a, vous imposez un rythme de travail qui épuiserait un cheval. Vous êtes le propriétaire de sa vie, de son passé, de son avenir, de son présent, de tout. Pour vous, c'est moins un être humain qu'un objet. Alors son inconscient réagit et craque : c'est la seule manière dont elle dispose pour s'exprimer. La machine est à bout, votre fille a besoin de vacances, c'est tout. Des vraies vacances. Sans anglais, sans chinois, sans devoir quelconques. Elle a besoin de traîner sur la plage, de rire avec des copines, de buller dans son lit jusqu'à 11 heures du matin. En conséquence, voici mon ordonnance : des vacances. Dès aujourd'hui. Il reste quoi, trois jours d'école ? Ils ne travaillent même plus, à quoi bon, elle peut bien partir dès maintenant. - Il en est absolument hors de question. Mon père avait retrouvé son allant. Rien ne pouvait lui résister, surtout pas un léger passage à vide. Ce qu'il comprenait, c'est qu'il n'y avait rien de physique, pas d'infection ou autre, rien qui échapperait à son domaine de conséquence. Juste une baisse de moral qui pouvait se traiter à l'énergie, un simple coup de cravache pour relancer la machine. - On trouvera un autre médecin. Qui prescrira des fortifiants. Si ce n'est que cela je vous interdis de... - Quant à moi je fais un signalement au procureur. Qui interdira votre fille de sortie du territoire. Ou qui la soustraira à votre autorité, ce sera de son ressort, pas du mien. Pour la consultation, c'est soixante euros. - Qu'est ce que vous venez de dire ? - Que le prix de la consultation est de soixante euros. Cette dame était la première personne que je voyais résister à mon père. Elle restait sans son fauteuil, les yeux mi-clos, impassible, le jaugeant froidement. - Votre fille débute une grave dépression. Elle a besoin de changer d'air. Tout de suite. Si elle s'en va aux États-Unis seule dans cet état, elle ne reviendra qu'en avion sanitaire. Ou entre quatre planches. Je vais vous dire le fond de ma pensée : vous êtes le cas typique du père abusif qui croit pouvoir tout contrôler, vous êtes chef d'entreprise, n'est-ce pas ? Et vous menez tout à la baguette. Vous ne choisissez que ce qui est le plus prestigieux, vous avez fait des pieds et des mains pour que je vous reçoive en urgence, vous avez même fait jouer vos relations. Je ne suis pas dupe, des numéros de votre acabit j'en vois tous les jours, et j'ai passé l'âge de m'en émouvoir : vous m'avez choisie car j'enseigne à la faculté, je suis experte auprès des tribunaux et tout le tremblement. La contrepartie, cher monsieur, c'est que moi aussi j'ai des relations : si jamais vous tentez de passer outre mon avis médical, je le saurai. Et je ne vous raterai pas. C'est compris ? Ça fera soixante euros. Et passe de bonnes vacances, ma louloute, va bronzer quelque part, oublie les maths et le chinois, les vacances c'est fait pour ça. Tu en as besoin. Mon père n'a pas desserré les dents de tout le chemin de retour. Une fois la maison, il a essayé d'expliquer à ma mère qui essayait de montrer qu'elle gardait son calme tout en se tordant les doigts d'angoisse. Je m'étais affalée dans le canapé, j'essayais de lire, les lettres dansaient devant mes yeux sans que je comprenne rien. Mes parents ont discuté longtemps, dans le bureau de mon père. Ils sont revenus me voir dans le salon, j'avais toujours le livre dans les mains sans avoir réussi à rien en lire : j'en étais restée à la même page. - Avec ta mère nous avons eu une idée, a commencé mon père, toujours soucieux de s'exprimer en premier. Aurais-tu envie de passer quelques jours chez Laurène ? - Laurène ? Laurène était la plus jeune des sœurs de mon père. Elle vivait dans le sud de la France, dans une petite ville pas très jolie, mais un peu touristique quand même. Mon père ne s'entendait pas bien avec, j'étais surprise de la proposition. Après la remarque sur la « grande gueule de grand con » de la toubib, c'était la deuxième chose de la journée qui me sortait vaguement de ma torpeur. J'ai accepté en haussant les épaules, ça ou autre chose... Laurène est arrivée dès le lendemain en fin de matinée. Magie du TGV. Elle a fait la bise à mes parents, surtout à ma mère, elle m'a serrée dans ses bras. Je ne l'avais pas vue depuis quatre ans mais j'ai tout de suite reconnu son parfum. J'ai remarqué un nouveau tatouage sur son épaule, aussi. Elle a déjeuné avec nous, mon père lui a expliqué comment il entendait que je passe mes vacances. Pendant le repas ma mère, l'air inquiet, me caressait la joue sans oser s'opposer à lui, Laurène mastiquait sans rien dire, le regardant dans les yeux. On n'a pas traîné, le train repartait tôt dans l'après-midi. Mon père a expliqué à sa sœur comment il prévoyait de l'indemniser pour ma présence, elle a levé les yeux au ciel, sans rien dire. Avant qu'on sorte de la maison, elle a vérifié mes sacs de voyage : elle a ouvert le plus grand, en a sorti les dictionnaires et le micro-ordinateur et les a posé à côté de mon cartable. - Voilà, a-t-elle dit simplement à mon père, ça reste ici. - Mais pas du tout, il faut qu'elle travaille un minimum, elle ne peut pas rester sans rien faire ! - Tu as bien dit hier que tu l'as emmenée consulter le docteur Censier ? - Oui, Censier, pourquoi ? Une chieuse, soit dit en passant. - Je l'ai appelée, après ton coup de fil. Elle m'a expliqué vaguement la situation, sans entrer dans les détails. Donc j'emmène Manon en vacances sans ses bouquins. Mon bien cher frère, je vais te dire ce que je pense, et tu sais que je le pense : t'es un sale con. T'es un sale con avec tes salariés si tu veux, un tyran avec ta femme qui n'ose pas se rebeller, passe encore, mais avec Manon ça ne passe pas. Donc elle vient en vacances chez moi, et pas en révisions scolaires, sinon tu trouverais le moyen de surveiller à distance. C'est ma condition. Si tu n'es pas d'accord, tu vois avec Censier. Mais dépêche-toi de choisir, le taxi attend. Mon père connaissait trop sa sœur. Il n'a rien dit, il a juste repoussé le cartable et les livres. Quand j'ai pris le sac de voyage, il m'a semblé tellement moins lourd, léger comme une plume. Ma mère m'a embrassée à nouveau, en écrasant une petite larme. Mon père m'a fait une bise, lui aussi, et nous sommes sorties de la maison pour monter dans le taxi. Alors que le ce dernier allait démarrer, il m'a fait ouvrir la vitre arrière et m'a donné une enveloppe : - Tiens ma chérie, t'auras besoin d'argent de poche. Écris-nous des cartes postales, de temps en temps. Ne serait-ce qu'à ta mère, pour lui faire plaisir. Dans l'enveloppe, il avait placé cinq-cents euros ! Laurène habitait un tout petit appartement au deuxième étage d'un immeuble HLM de la ville. Enfin, la « ville » : à peine huit mille habitants, plein de petites maisons étalées sur les collines autour du centre ville historique, plus quatre immeubles HLM de cinq étages, deux hypermarchés, une seule librairie, tout le reste à l'avenant. Beaucoup de vieux, un patelin endormi au soleil sur les contreforts des Préalpes, pas exactement une métropole. Mais le centre ville médiéval était ravissant avec ses ruelles tortueuses dans lesquelles on se perdait à plaisir. Dans son logement il n'y avait qu'une chambre, une salle de bain avec toilettes et une grande pièce cuisine-séjour, avec un balcon. C'était tout. Laurène m'expliqua comment déplier le canapé, nous y avons préparé le lit pour le soir avant de le replier. Ensuite j'ai rangé mes vêtements dans un coin de l'armoire à vaisselle. C'était nouveau pour moi, de mélanger les choses ainsi, vaisselle et fringues, dans un endroit aussi exigu. Rien à voir avec la grande maison de mes parents, le jardin, les dépendances, tout le reste. J'avais l'impression de camper. Elle a regardé mes vêtements, a froncé les sourcils avant de consulter l'heure. - Je ne suis pas sûre que tes fringues soient adaptées à cet endroit. On verra ça demain matin. On va aller visiter un peu, on a un peu de temps avant de dîner. Viens. Nous sommes sorties en ville, nous promenant dans les rues étroites qui gardaient encore un peu de la chaleur de la journée. Le soleil, dans cette région, ce n'est pas une plaisanterie, il peut chauffer comme un four pendant la journée, et le soir les murs mettent beaucoup de temps avant de se rafraîchir. Les commerces étaient fermés, les rues désertes ou presque, n'étaient quelques passants on aurait pu se croire dans une ville abandonnée. Sur la place des Romains, la grande place centrale rectangulaire ombragée de platanes, il y avait un seul restaurant ouvert ce dimanche soir, une pizzeria dans laquelle Laurène m'a invitée à manger. On a discuté un peu, elle me demandait ce que je voulais faire dans les jours à venir, je ne savais pas trop quoi lui répondre. Et puis nous sommes rentrées dans le jour finissant. Avant de me coucher, j'ai regardé avec curiosité les livres qui tapissaient un mur. - Vas-y, prend ce que tu veux. Y'a rien d'interdit. J'ai pris une bande dessinée avec le sentiment de commettre une infraction : mon père avait toujours dit que les BD n'étaient que des livres « inutiles », ils étaient bannis de chez nous. C'est ce soir là que j'ai découvert Wolinski... L'humour décalé, les dessins de femmes nues, les histoires de sexe. Mais surtout la façon dont il se contrefichait des convenances. Pour une première découverte, c'était une première bien salée... Le lendemain, je me suis réveillée à sept heures comme d'habitude. En chemise de nuit, j'ai ouvert les volets et suis sortie sur le balcon écouter les bruits de la ville déjà très active. - Holà, bonjour petiote. On se connaît ? Je crois pas, je t'ai pas vue encore. Tu es nouvelle ici ? Té, ça fait plaisir de voir de la jeunesse de bon matin. Je m'appelle Naïma, tu t'appelles comment toi ? Sur le balcon à côté se trouvait une forte femme maghrébine d'une cinquantaine d'années, une tasse de café à la main. Elle parlait très vite avec un fort accent du sud, elle prononçait « matingue ». - Bonjour madame. Non, on se connaît pas, je viens d'arriver, je suis en vacances chez ma tante. Je m'appelle Manon. - Ah c'est toi la nièce que Laurène elle me disait qu'elle en a une, des fois. Tu es parisienne, je crois, hein ? C'est bien ça, tu viens de Paris ? - Presque. Dans la banlieue. Je ne voulais pas lui dire que j'habitais Neuilly, « banlieue » me paraissait suffisant, les gens vous regardent toujours bizarrement quand vous dites que vous venez de Neuilly. Elle continua à parler sans interruption de longues minutes, réussissant à boire son café tout en débitant des flots de paroles à un rythme de mitraillette, jusqu'à ce que ma tante arrive sur le balcon. Elle salua la voisine et réussit à l'interrompre une seconde et lui dire que nous devions rentrer pour le petit déjeuner. - Naïma est très gentille, me fit-elle en refermant la porte fenêtre du balcon. Mais parfois envahissante. Nous avons déjeuné puis nous sommes préparées pour aller en ville. C'était lundi jour de marché, la place des Romains était envahie de passants et d'étals en tous genres. Laurène a commencé par se diriger vers les marchands de vêtements. Elle a regardé dans les bacs, elle a fait la moue, reposé des vêtements pour en reprendre d'autres, elle les posait sur moi pour en juger l'effet. Elle a fini par choisir une jupe jaune avec des imprimés de fleurs, deux shorts aussi, ainsi qu'un petit top à bretelles que je trouvais très jolis. Par contre je commençais à culpabiliser : - Mais Laurène, on ne peut pas acheter tout ça, c'est trop, ça va coûter cher. - Ah oui, tu crois ? Moi je trouve que ça te va bien. Tu ne peux pas garder ce que tu portes, on dirait une pensionnaire des bonnes sœurs des années cinquante, tu dois crever de chaud là dedans. Et pour ce qui est de l'argent ne t'inquiète donc pas pour moi : tu crois vraiment que ton père est le seul à avoir hérité ? Faï, je peux bien offrir ces babioles à ma nièce, ne t'inquiète pas, va. Depuis qu'elle vivait ici, elle avait pris un peu l'accent local, qu'elle oubliait quand elle remontait dans le nord. Il lui revenait à pleine bouche. Après qu'elle eut payé, je me suis changée entre les rayons avant de me regarder dans le grand miroir du marchand : j'ai failli ne pas me reconnaître, pour la première fois de ma vie, je portais une jupe au dessus du genou. Oh, vraiment pas une minijupe, loin de là, juste un truc léger, de saison, comme en avaient beaucoup des jeunes filles de la ville. J'étais encore confuse de constater que les bretelles du top rose ne cachaient pas celles de mon soutien gorge, mais j'étais tellement légère là dedans. J'avais l'impression qu'avec mes stricts vêtements parisiens je laissais une partie de ma fatigue, maintenant je sentais le vent coulis glisser entre mes genoux, sur mon nombril à découvert dès que je levais les bras. C'était nouveau, amusant. Mes vêtements n'étaient plus un rempart, ils étaient devenus une façon d'être au monde : leurs couleurs vives exprimaient une joie qui n'était pas la mienne, pas encore, mais qui m'intriguait. J'acceptais de me laisser contaminer. Si seulement ces fichues bretelles de soutif... - T'as qu'à l'enlever, fit Laurène. T'en n'a pas besoin. - Hé non, hé ! Tu te rends compte, si je l'enlève je... Enlever mon soutif ! C'est comme si... Elle ne sourit même pas, pencha la tête un peu et me montra les gens autour. - Regarde autour de toi. Beaucoup de filles n'en portent pas, c'est plus léger. Tant qu'on n'a pas de gros seins trop lourds, c'est plus simple. Je vais te faire voir. On a changé de zone, nous nous sommes dirigées vers l'étal d'une femme qui vendait des sous-vêtements, un peu plus loin. Laurène lui a pris des paquets de petits ronds de silicone et a dit à la vendeuse : - Je vous en prends trois paquets pour la demoiselle. C'est possible de les mettre maintenant ? Je vais prendre une demi-douzaine de ces slips, aussi, en douze ans si vous avez. La dame avait. Pour mettre ces petits ronds elle m'a fait avancer entre les portants chargés de vêtements et m'a placée le dos à la rue. Comme j'étais là, les passants ne pouvaient voir au mieux que mes épaules nues, pas mes seins. En un tour de main elle m'a enlevé mon top et mon soutien gorge. Me voyant très gênée, rougissante, elle a commencé à me parler familièrement tout en détachant un premier cercle de silicone. - Té, je parie que c'est la première fois que tu en vois. On appelle ça des cache-tétons, pour pas qu'ils pointent au travers du tissu, ça évite les cagasses des garçons qui te font des remarques. Avec les seins que tu as, tout petits et tout fermes, t'en n'as pas besoin du soutien-gorge, va. Tiens tes épaules en arrière, comme ça, je vais te les mettre. Les suivants tu feras comme je te montre, c'est pas bien compliqué. C'est adhésif, ça s'enlève facile, tu verras ce soir. Elle a collé ces petits trucs ronds sur le bout de mes nichons et j'ai renfilé mon top sans le soutien-gorge, et ensuite avec ma tante nous sommes reparties faire le marché. J'ai fait attention, j'ai croisé plusieurs filles qui ne portaient pas de soutif, certaines avec un dos-nu, d'autres des bretelles fines ou encore les épaules nues : parfois elles devaient porter des caches-tétons, parfois on leur voyait la pointe au travers du tissu mais personne ne semblait remarquer, tout passait. Dans le sud, l'été, il vaut mieux oublier les doubles couches de lainage. Je n'étais pas spécialement prude, mais pas du tout habituée à la mode locale. Je m'y suis bien vite conformée, avec délice. Par contre, j'ai attendu d'être rendue à l'appart pour changer ma grosse culotte blanche par un de ces petits slips légers que m'avait achetés Laurène. C'est à ce moment que nous avons acheté des provisions. Des salades, du poisson, des courgettes, des melons, des poivrons, de l'agneau, du jambon, des oignons, du fenouil, des échalotes, des cerises... Je n'en revenais pas ; ma mère n'a jamais été une grande cuisinière, l'ordinaire chez moi se composait de soupes déshydratées, de surgelés, de boites de conserves. Mais Laurène était dans son élément : elle soupesait les fruits, montrait au poissonnier les maquereaux qu'elle voulait, parlait avec les vendeurs, éclatait de rire. Elle goûtait une cerise, léchant de sa langue la goutte de jus qui s'était échappée de sa bouche. Sensuelle, mouvante, elle parlait fort, souriait, choisissait sans frémir ce qu'elle voulait, elle agaçait les vendeurs de son sourire pour qu'ils arrondissent le prix en dessous, jouant le jeu de la séduction, flirtant sans vergogne. - Ah, madame, madame, s'il n'y avait que des jolies femmes comme vous, le monde serait merveilleux mais moi je serai en faillite, lui dit un maraîcher qui lui avait laissé les tomates à dix euros au lieu de douze euros trente. - Faï, allez, vous ne perdez pas d'être gentil. Je vous aime bien, vous, à la prochaine, lui dit ma tante tout sourire en lui envoyant un baiser du bout des doigts. Et nous sommes reparties, ma tante ondulant de la croupe dans la longue robe légère bleu pastel, les lunettes de soleil sur le haut du crâne, ses longs cheveux châtains sur les épaules, sensuelle comme une panthère, incarnation vivante de la grâce et de la féminité. Chargées comme des mules, nous sommes retournées à l'appartement pour y déposer toutes nos provisions, non sans nous être arrêtées tous les cinquante mètres saluer des connaissances de Laurène. Elle paraissait connaître la ville entière, tapant la bise à l'une, plaisantant avec l'autre, me présentant à tous. À chaque fois on prenait cinq ou dix minutes. Le temps passait vite, la tête m'étourdissait de senteurs, de bruit, de soleil, de rencontres. Dont Naïma la voisine, qui à elle seule nous retint quinze bonnes minutes. Ce n'est qu'après avoir quitté la place des Romains que nous pûmes avancer normalement dans des rues redevenues calmes. Une fois que nous eûmes tout déposé, nous sommes directement reparties en ville dans une friperie qu'elle connaissait. Pendant une heure, j'ai essayé des jupes, des robes, des t-shirts, des tops dos-nu, des shorts, j'en passe. J'ai laissé ma tante choisir pour moi, je ne connaissais pas assez la mode. En réalité, c'était la première fois que j'entrais dans un tel magasin, que je fouillais dans des bacs emplis de vêtements chiffonnés pour y dénicher les perles qui pourraient m'aller. Ce n'est qu'après avoir rempli un sac de ces vêtements que nous sommes reparties. Laurène nous accorda une pause en terrasse d'un café. Revenues à l'appartement, elle me montra comment se servir d'un lave-linge : il était inconcevable d'enfiler des vêtements d'occasion sans les laver d'abord. J'ai appris à regarder les étiquettes, à vérifier les couleurs, avant de lancer une première machine. Nous avons préparé le repas : j'ai tranché les tomates, j'ai passé de l'huile d'olive dessus, quelques grains de gros sel, un peu d'herbes de Provence, un rien de poivre avant de mettre au four. Éplucher les échalotes, les hacher pour en farcir les maquereaux qui ont rejoint les tomates dans le four. Trancher les melons, les vider, mettre un peu de porto (pas trop !). Laurène s'amusait de constater à quel point j'étais ignorante de ces gestes simples, elle me montrait en riant. Et première fois supplémentaire, j'ai dégusté le midi un repas que j'avais préparé de mes mains. Je garde de ce moment une attirance marquée pour les tomates au four. Succulent ! J'ai découvert dans ce petit appartement HLM le plaisir de cuisiner à plusieurs, la sensualité des aliments. Manger, ce n'est pas seulement se nourrir, c'est partager. Nous nous sommes reposées après avoir fait la vaisselle, je me suis mise à bouquiner un peu, piochant parmi les livres de Laurène.. Quand la première machine fut finie, j'ai sorti mes vêtements pour les étendre sur le balcon, et j'en ai lancé une autre avec le reste des vêtements. La chaleur de ce début d'après-midi les a fait sécher très vite. On a sorti la table et le fer à repasser, j'ai appris comment s'en servir, tirant la langue pour ne pas faire de plis. Laurène surveillait du coin de l’œil, elle m'aidait pour les passages difficiles, retournait ensuite préparer une monumentale salade composée. - Ce soir je t'emmène voir quelques unes de mes copines. On prépare la Saint Jean, c'est à la fin de la semaine, on a pas mal de boulot. On mangera sur place, toutes ensemble. On est ressorti vers six heures du soir. Dans la chaleur sèche qui régnait encore, j'appréciais vraiment mes vêtements légers. Je pouvais courir, sauter, gambader sans entrave. Nous avons marché quelques minutes, le grand plat de salade composée sous le bras et des couverts dans un sac, jusqu'à une salle municipale où des femmes assises devant des tables préparaient des guirlandes de fleurs en papier et des cotillons. J'ai fait comme Laurène, j'ai dit bonjour à tout le monde, trois bises sans faux col, et je me suis assise avec les autres. On m'a montré comment faire, j'ai commencé à fabriquer des fleurs. C'est difficile : on utilise du papier crépon coloré, il faut être très minutieuse, couper les pétales avec précision avant de les coudre en une fleur qu'on enfile sur une longue ficelle pour en faire des guirlandes. La dizaine de femmes présentes les préparaient à toute vitesse, leurs doigts agiles volaient sur les aiguilles et les ciseaux pendant qu'elles discutaient, riaient, chantaient parfois. Après une heure et demie de ce travail, une vingtaine de jeunes filles et jeunes femmes sont arrivées : les danseuses de la Saint Jean. Nous avons rangé notre travail et sorti les assiettes et les plats, tout le monde a commencé à manger. Les femmes parlaient, causaient, s'interpellaient joyeusement. - Dis, Manon, m'a demandé Jacqueline, la plus âgée des femmes, pourquoi tu ne ferais pas la danseuse, toi aussi ? Tu sais faire, tu sais danser un peu ? - Oui, je fais de la danse classique, de la danse de salon aussi. - Té, alors tu pourrais, tu es mignonne et c'est facile à apprendre. - Faï, t'en as des bonnes, Jacqueline, lui a rétorqué Sylvie, un peu plus loin, où veux-tu qu'on lui trouve un costume, d'ici samedi ? On a juste le temps de finir ceux des filles, on ne peut plus en faire un de plus. - Et bé, elle peut faire la succube, alors. - Oh peuchère, la pauvre petite, s'est exclamée Laurène en me posant la main sur l'épaule pendant que tout le monde éclatait de rire ! - Jacqueline, on dit « le » succube, c'est un nom masculin, a dit une des danseuses, la bouche pleine. - Et moi je dis la succube, c'est des filles qui font ce rôle. Je veux bien « un »satyre, mais je dis « une succube ». Que l'académie française reste où elle est, elle ne s'occupe pas de la Saint Jean ! On a fini de dîner, on a rangé la vaisselle, nettoyé les tables. De plusieurs placards les femmes ont sorti des costumes que les danseuses ont commencé à essayer. Épingles dans la bouche, craie à la main, les faiseuses de fleurs s'étaient muées en couturières, ajustant ici une jupe, reprenant là un bustier que les filles mettaient et enlevaient, alternativement nues et habillées. Dans cette ambiance de femmes entre elles, peu importait de laisser apparaître des seins, un cul, les jeunes laissaient les mains des plus âgées adapter les tissus à leur corps. Moi-même danseuse, je connaissais cette ambiance de vestiaire de filles, je n'étais pas dépaysée. J'admirais leurs costumes : chamarrés, ajourés, débordant de couleurs, de voiles, de perles, ils étaient magnifiques, les filles auraient pu danser au carnaval de Rio sans déparer ! J'appris que chaque année on en fabriquait de nouveaux, cette fois-ci le thème était « Salomé et la danse des sept voiles ». Il fallait certainement des dizaines d'heures de travail pour les fabriquer, impossible que je puisse en avoir un pour moi. J'étais un peu jalouse, j'aurais bien voulu participer, moi aussi. Je me suis approchée de Laurène et j'ai attendu qu'elle ait un moment disponible pour lui demander : - Dis, Laurène, c'est quoi une succube ? Ou un succube ? - Hmmmppff, fit-elle en grimaçant, j'aurais préféré que tu ne poses pas cette question. Une succube, pour parler comme ici, c'est aussi une danseuse, et les satyres des danseurs. Ils accompagnent le défilé, mais avec d'autres costumes. - C'est quoi, ces costumes ? C'est de la danse aussi ? - Voueï, c'est de la danse, si on veut. Je vais te montrer, ce sera plus simple. Elle a sorti son téléphone et m'a montré une vidéo de quelques minutes. On y voyait les danseurs, les danseuses, les musiciens avancer dans les rues, le public sur les côtés les applaudissant. Apparurent sur l'écran des créatures bizarres : des femmes peintes en rouge des pieds à la tête, au premier regard nues mais en réalité portant un string rouge de la couleur exacte de leur maquillage. Au bas de leur dos pendait une queue rouge terminée en pointe qui leur descendait sur le mollet. Elles dansaient, lascives, provocantes, tirant la langue, secouant leurs seins, cambrant le dos et tendant les fesses vers les spectateurs, n'hésitant pas à l'occasion à se mêler au public. Je remarquai les loups rouges qu'elles portaient sur le visage. Avec elles sautaient et criaient des hommes en caleçon, le visage masqué eux aussi, le torse velu et les cuisses couvertes de longs poils, presque une fourrure : les satyres. Ils portaient chacun sur le devant du sexe une énorme carotte accompagnée de deux pommes, qu'ils secouaient ou prenaient à pleine main dans des gestes dépourvus d’ambiguïté ! - C'est ça les succubes, me dit Laurène d'un ton goguenard, elles dansent avec les satyres. C'est la partie paillarde de la Saint Jean. C'est une très vieille fête, tu sais, elle a plusieurs siècles. Autrefois, l'Église catholique contrôlait toute la société. Les gens avaient besoin d'exulter, de casser les codes par moment. Sinon ils seraient devenus fous. Plus personne ne va à la messe, ou presque, mais la tradition est restée. - Eh bien... - Comme tu dis, eh bien ! Ça se passe de commentaire ! - Et toi tu fais quoi, tu es succube ? - Hou là, ça ne se demande pas, fille ! Les succubes sont toutes masquées, officiellement personne ne sait qui elles sont. Ça change chaque année, de toute façon. - Mais officieusement, tu es succube ? Elle sourit, rangea son téléphone et me donna une tape affectueuse du doigt sur le nez avant de repartir aider les couturières. Elle ne m'avait rien dit, mais j'avais ma réponse : j'étais sûre qu'elle serait succube, le samedi suivant. Nous sommes rentrées à la nuit tombée. Le lendemain nous avons visité la vieille ville, nous avons traîné ici et là. Vers quatre heures l'après-midi j'ai étrenné un bikini que j'avais acheté sur les rives de la Doule, la rivière qui traverse la ville. Elle s'alanguit là en une anse large, assez peu profonde, bordée d'une plage de galets. Les gens du coin viennent à la belle saison s'y baigner, malgré la fraîcheur de l'eau qui vient tout droit des montagnes. À côté de nous se trouvait un groupe d'adolescents, parmi lesquels se trouvaient trois des danseuses de la veille. Elles m'ont reconnue et m'ont invitée. J'ai hésité, je ne les connaissais pas bien, mais Laurène m'a un peu (beaucoup !) poussée vers eux, se plongeant pour sa part dans le bouquin qu'elle avait emporté. Je me suis retrouvée, toute timide, dans ce groupe de filles et garçons du coin. On a pas mal discuté (j'ai écouté, surtout), on s'est baigné, j'ai découvert que cette eau qui descend des glaciers de montagne n'est pas fraîche, elle est froide ! glacée ! Eux étaient habitués depuis l'enfance, mais je n'ai pas réussi à vraiment nager. Avec moi deux autres filles restaient transies, de l'eau jusqu'aux cuisses, hésitant à aller plus loin. Les garçons nous ont aspergées, on a crié très fort avant de battre l'eau pour les inonder en retour. Quand on a arrêté de bouger ainsi, j'étais entièrement trempée. J'ai senti quelque chose sur ma cheville, et je suis tombée dans l'eau : Roméo, un des garçons, avait nagé sous l'eau et saisi la première cheville qu'il avait trouvée pour en renverser la propriétaire, il s'est trouvé que c'était moi. Quand j'ai sorti la tête en suffoquant d'avoir été plongée sans avertissement dans le froid, il était devant moi, hilare, beau comme un dieu grec avec ses cheveux longs qui lui tombaient dans les yeux. J'ai éclaté de rire et je l'ai éclaboussé en retour. On a joué ainsi dans l'eau, filles et garçons. J'ai bien vite compris que les garçons jouaient surtout pour nous prendre à bras le corps contre eux… mais je ne détestais pas ! J'aimais bien aussi, revenue sur la rive avec les autres filles, quand ils essayaient d'être drôles, de nous charmer. Ce n'était rien, juste des jeunes qui s'amusaient au bord de l'eau un après-midi d'été, ces flirts insignifiants entre garçons puérils et filles un peu aguicheuses. Un jeu de rôles innocent pour enfants sages. Mais c'était mon premier, la première fois que je me trouvais à prendre du temps à ne rien faire de sérieux avec des jeunes de mon âge. Quand bien même dans cette troupe de lycéens j'étais de très loin la plus jeune. Le soir nous sommes retournées à la salle municipale préparer la Saint Jean. Quand une des femmes me demanda ce que je faisais de mes journées, moi qui avais quitté le collège trois jours avant la fin, je répondis naturellement que je revenais justement de la Doule, je m'y étais baignée avec des filles, dont des danseuses que j'avais rencontré la veille. - Ah oui ? Que des filles ? Aucun garçon dans la troupe ? Oh pauvres, vous avez du bien vous ennuyer, alors. - Non, y'avait des garçons aussi avec nous. - Té, c'est bon va, j'avais deviné, qu'est ce que tu crois, ma belette ? Et ils sont beaux ces garçons ? Toute à ma naïveté, je ne voyais pas que ces dames me taquinaient. - Non, pas très, répondis-je maladroitement en déclenchant quelques rires. Enfin si, certains sont beaux. Roméo, par exemple, il est beau, lui. Il m'embête un peu mais il est beau. - T'entends ça, Angèle ? Roméo, il est beau, s'esclaffa Sylvie ! - Un peu qu'il est beau, dis, je ne l'ai pas raté celui-là, répondis une femme plus loin. T'inquiète pas, depuis qu'il va à la maternelle, c'est pas la première fille que j’entends dire qu'il est beau. Ah merde, je baissai le nez sur mes fleurs, gênée de comprendre que quelques chaises plus loin se trouvait la maman de Roméo. Laquelle semblait s'amuser follement de la situation. - Il ne serait pas né fin mars, lui aussi ? C'est pour ça qu'il est beau, alors. - Le 27 mars que j'ai accouché. Une sage-femme stagiaire pour un gros bébé, un monstre, presque quatre kilos et demi. Heureusement que c'était pas mon premier, va, la pauvre elle en était toute émue, c'est tout juste si c'est pas moi qui la rassurais ! Pendant que les femmes riaient entre elles de leurs histoires d'accouchement, je demandai discrètement à Laurène la signification de ces allusions à la fin mars auxquelles je ne comprenais rien. C'est Jacqueline, qui avait entendu ma question, en face de moi, qui m'a répondu haut et clair : - Fin mars, c'est neuf mois après la Saint Jean. On a toujours plus de naissances à cette période. Alors à l'hôpital, ils savent, ils font venir du monde en renfort, mais souvent des stagiaires ou des débutants parce qu'ils ne peuvent pas mieux. C'est pas nouveau, je suis bien née un 24 mars, moi, pendant la guerre. Certains curés, autrefois, ils tiraient un peu la tête pour les baptêmes, ils disaient que ça faisait beaucoup en même temps. Mais pas tous les curés, certains c'étaient des braves gens. C'est la vie après tout, personne n'a inventé la façon de faire les enfants ni de les mettre au monde, vaï, et les pisse-vinaigres disent bien ce qu'ils veulent, des enfants, il en faut. Je restais avec mes pensées. Hé bé, ça devait être paillard, la Saint Jean, comme disait Laurène... Le lendemain matin mercredi il n'y avait ni lycée ni collège. Deux des filles de la veille vinrent me chercher, me demandant si j'avais envie d'aller me promener avec elles. Laurène me fit signe d'aller, je suis sortie. On a retrouvé une de leurs copines un peu plus loin, on a zoné un peu en discutant. Le midi nous avons mangé au kebab, et ensuite on s'est fait un cinéma : je découvrais là l'intérêt de l'argent de poche. Ensuite nous nous somme promenées dans la ville. Alors que nous étions assises sur les murets de la petite place Vieri qui surplombe la Doule, une des filles, Zoé, a mis la musique de leur chorégraphie de la Saint Jean et a commencé à danser avec les deux autres. Les pas n'étaient pas bien compliqués, je les ai vite appris et j'ai dansé avec elles. C'est ce genre de danse qu'on pratique pour les défilés, c'est un peu répétitif mais comme on avance dans les rues on change de public, c'est toujours nouveau pour veux qui regardent. Et puis on ne peut pas danser plus d'une heure avec une chorégraphie originale, il faut s'adapter. En dansant avec elles, j'avais un pincement au cœur : à elles les costumes, les voiles, les brillants, la ferveur du public. Et moi je ne pourrais être que spectatrice, j'étais arrivée bien trop tard pour participer... C'est le lendemain soir que se tint répétition générale sur le parking désert du supermarché. Dans le jour finissant, déambulant le long de rues imaginaires marquées par des plots au sol, les musiciens de fanfare avançaient lentement tandis que derrière eux les danseuses en costumes bariolés, toutes plus belles les unes que les autres, et les danseurs en pantalon et chemise blancs avec un foulard rouge suivaient dans leur caracole préparée depuis des mois ; Dans cet environnement,, c'était techniquement pas mal mais ça ne rendait pas. Manquaient l'ambiance, les spectateurs, les cris des enfants, les cotillons, et... - Ils ne répètent pas, les succubes et les satyres, demandai-je abruptement ? - Oh, surtout pas au grand jour, me répondit Laurène ! D'abord, officiellement, personne ne sait qui sont ces personnes. Ensuite, ils n'ont pas vraiment de chorégraphie de groupe, ce sont plutôt les trouble-fêtes, ceux qui dérangent l'ordre. Enfin, la tenue de scène est particulière, on évite de se promener en ville comme ça en dehors de la Saint Jean. - Mais toi, tu es succube, Laurène. - Encore cette question ? Mais qu'est-ce qui te fais croire ça ? J'ai vingt-neuf ans, tu sais, je commence à être trop vieille pour ce rôle. - Je ne te crois pas. Tu as dit : « on » évite de se promener. - C'était comme ça, pour parler en général, ajouta-t-elle en bougeant la main. Je n'étais guère convaincue. Quand nous sommes rentrées, alors qu'elle était encore en train de se laver les dents, je me suis plantée à la porte de la salle de bain et lui ai lancé : - Je voudrais bien être une succube, moi aussi. - Hmmm, fit-elle avant de cracher son dentifrice et se rincer la bouche, je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure idée, t'es encore jeune et je ne sais pas si tu saurais... - Bien sûr que je saurai. En dix minutes j'ai appris la chorégraphie des danseuses, je saurais certainement faire une succube c'est encore plus facile, j'ai vu la vidéo, il suffit de savoir danser et de s’adapter, c'est tout. - Voui, sans doute, mais tu es très jeune, et si jamais tes parents apprennent que je te laisse faire la succube... - Ils n’apprendront pas ! Je serai masquée, comme les autres. Et ensuite tu viens de dire que tu ne veux pas me laisser faire, donc ça veut dire que tu peux le faire ! J'aurais préféré être danseuse mais c'est trop tard, y'a plus de costume pour moi. Tout le monde va faire quelque chose, pendant la Saint Jean, y'a que moi qui vais rester sur le côté avec les touristes. Si je suis succube, au moins je participe. Laurène m'a regardé longuement dans les yeux. Elle m'a fait une bise sur la joue et m'a donné une petite tape sur les fesses. - On en reparlera plus tard. Va te coucher, maintenant. « On en reparlera plus tard » : à l'intonation près, les mots que disait mon père quand il voulait refuser quelque chose sans opposer de refus catégorique. Décidément, ils étaient bien frères et sœurs, venaient du même endroit, avaient été élevés par les même parents dans la même famille. J'allai me coucher, le cœur lourd. Tout le lendemain vendredi nous fûmes submergées par la préparation de la fête. Les voitures garées centre ville s'en allèrent peu à peu pour ne plus revenir et la fourrière se chargea des dernières récalcitrantes. Les ganivelles, ces barrières de métal amovibles, prirent leur place tout autour de ce qui allait être le circuit du défilé. Dans la grande salle municipale on cousait fébrilement les dernières perles, on repassait les costumes, on préparait les nappes et on comptait les bouteilles de vin. On mettait les guirlandes dans des cartons que des hommes venaient chercher pour les livrer en différents endroits de la ville. On recevait les chars fleuris apportés par des camions et on les mettait sous bâche jusqu'au lendemain. Dans toute cette effervescence, je n'eus guère le temps de ruminer mon amertume et je me couchai le soir pour m'endormir sans délai, épuisée de travail. Le samedi matin les rues du défilé se pavoisèrent des guirlandes que nous avions fabriquées. Sous le soleil du midi, elles éclataient de couleurs sur les façades pastel. Les chars furent grimpés sur d'antiques charrettes tirées par des mules, les ruelles de la ville, déjà réduites en largeur par les ganivelles, ne permettant pas d'y faire circuler des gros camions. Alors les chars restaient adaptés à la taille des rues, modestes. Vers midi, le temps devint plus lourd, l'atmosphère plus moite. Les organisateurs levaient parfois les yeux vers le ciel, redoutant les caprices d'un orage qui pouvait tout annuler au dernier moment. - On verra bien, disait Jacqueline d'un ton fataliste, si ça pète ça pète, on fera le défilé demain, ce ne sera pas la première fois. Mais c'est toujours mieux le samedi. Tout l'après-midi on vit des nuages noirs monter alors que la chaleur devenait de plus en plus étouffante. Alors que j'étais en train de tendre un drap le long des roues de bois d'une charrette, Laurène m'attrapa par le bras : - Enfin je te trouve ! Viens avec moi, on a juste le temps de prendre une douche et se faire belles. Laisse tout, ils finiront bien le char sans toi. Nous sommes retournées chez elle en vitesse. Elle s'est lavée la première avant de me laisser a douche, mais sans quitter la salle de bain. - Vas-y, à ton tour. Pendant que je me déshabillais, je la vis sortir une tondeuse et, en équilibre un pied sur le lavabo, commencer à tondre les poils de son pubis. Je pouffai de rire. - Ne rigole pas, va. Après c'est à toi. Je me suis lavée en la regardant faire, raser les poils subsistant au rasoir après avoir taillé le plus gros à la tondeuse, puis revenir sous la douche rincer la mousse. Elle avait désormais la chatte entièrement lisse, les lèvres dépassant un peu. Elle me rasa ensuite le duvet, finissant le tout bien plus vite que pour elle. J'étais nettement moins fournie qu'elle en poils pubiens, à cette époque ! - Et voilà. Allez, on s'habille bien vite, je ne peux pas être en retard. Elle prit un sac de toile dans sa chambre et nous sommes reparties vers le centre ville. Déjà les badauds, habitants et touristes, commençaient à se masser aux meilleures places derrières les ganivelles. Aucun grondement ne venait du ciel, mais les nuages de plus en plus noirs s'accumulaient, comme si eux aussi avaient voulu assister au défilé. Laurène me conduisit d'une traite jusqu'à une ruelle perpendiculaire au circuit du défilé, juste à côté de la place des Romains, dans laquelle on s'engouffra. Après quelques mètres, elle s'arrêta devant des marches d'escaliers qui descendaient vers une porte de bois massif, qu'elle ouvrit avec une clé tirée de son sac. Nous sommes alors entrées, elle a allumé la lumière et je découvris une grande salle déserte, semi-enterrée, garnie de tables et bancs de bois massif à la façon d'une auberge ancienne. Par les soupiraux donnant sur la rue la rumeur des passants nous arrivait assourdie. - C'est bon, dit Laurène, personne n'est encore arrivé. On a un peu de temps. Un peu mais pas beaucoup, alors écoute moi bien je vais t'expliquer le défilé, c'est facile à comprendre mais si tu ne saisis pas tu ne pourras pas être succube. C'est clair pour toi ? Un peu que je comprenais ! Je disciplinai vite mon enthousiasme pour écouter ses explications : En tête du défilé, viendraient les six premiers marguilliers ; des hommes dans la force de l'âge, souvent d'anciens danseurs, qui représentaient l'ordre. C'est eux qui ouvriraient le défilé, marchant de front, leur grand bâton ferré à la main, donnant le rythme à tous. Ensuite viendraient les quatre lourdes bannières de la ville, chacune portée par deux hommes. Ensuite les chars, tirés sur des charrettes à mules comme le voulait la tradition, puis les danseurs et la première fanfare. Derrière cette fanfare se tiendrait le curé de la ville, armé d'un goupillon et d'eau bénite, repoussant les œuvres du démon, c'est à dire la danse et la musique, devant lui. Il serait suivi de six autres marguilliers, puis d'une statue de la vierge portée à bras d'homme, derrière qui défileraient les communiants et communiantes de l'année en aube blanche, puis la deuxième fanfare, bénie celle-là. Enfin viendraient les corps de métiers : les bouchers en tablier blanc avec leurs couteaux, les charpentiers avec marteaux et scies, les couturières avec des ciseaux, et tout le reste. Le rôle des succubes et des satyres étaient d'improviser, de bouger sans cesse et d'animer le début du cortège, entre les premiers marguilliers, jamais devant, et le curé qui aurait pour rôle de nous repousser à grand coups d'eau bénite, jamais derrière. Le tout, sans perturber les danseurs ou les mules. C'était assez simple en fait. - Il y a plusieurs règles que tu dois savoir : d'abord, tout est anonyme, tu ne dois jamais révéler le nom d'une succube, même si tout le monde sait qui c'est. Ni raconter partout que tu en es une, ça va de soi. - D'accord, aucun nom. - Ensuite, tu ne dois jamais dire à personne ce qui se passe là. Les succubes et les satyres sont une communauté, nous gardons nos secrets. - Je ne dis rien. Entendu. Traversant la salle, elle ouvrit la porte d'une petite salle adjacente. - Ici c'est le vestiaire des filles, les succubes. Les satyres sont à côté. Enlève tes vêtements, on n'a pas beaucoup de temps. Je me dévêtis en un tour de main, elle me fit signe d'enlever ensuite mon slip. Elle sortit d’une armoire une queue rouge en silicone, avec une pointe au bout, qu'elle me colla au bas du dos juste au dessus de la raie des fesses. Quand je me relevai, elle balançait derrière moi, la pointe souple touchant parfois mes mollets. Sans prévenir, Laurène me prit les seins dans ses mains, j'en restai trop suffoquée pour réagir : - De belles petites oranges. N'hésite pas à bouger les épaules, à remuer des nichons. Enlève moi ça, que je te maquille. Je décollai mes cache-tétons et les jetai à la poubelle. Elle plongea la main dans un grand pot de terre cuite et en ressortit une grosse dose de pâte rouge sombre sur les doigts. - C'est une sorte d'ocre, ça vient de pas loin d'ici, une carrière. Ne bouge pas pendant que je te maquille. - Dis Laurène, demandai-je les yeux fermés alors qu'elle commençait par me peindre le visage, comment tu as fais pour m'obtenir une place de succube ? - C'était facile. C'est moi qui décide, je suis la Maîtresse de la congrégation des succubes. Celles en exercice, parce qu'il y a aussi celles qui ont arrêté. C'est moi qui choisis et contacte les recrues. - La congrégation ? Avec les anciennes aussi ? Et vous êtes nombreuses, avec les retraitées ? - Oh ma pauvre, y'a bien la moitié des femmes de la ville, qu'est ce que tu crois ! Enfin peut-être pas autant, mais plusieurs centaines, oui. - Ah bon... Il ne lui fallut pas longtemps pour m'étaler une couche de teinture sur tout le corps, y compris sur la vulve et entre les fesses. Avec un morceau de charbon, elle me dessina des marques noires, comme des coulures, çà et là sur le corps, avant de me noircir les paupières. Elle finit en s'essuyant les doigts dans mes cheveux, rajoutant par endroits de la teinture. Elle me tendit un string rouge que j'enfilai et le recouvrit de teinture pour qu'il soit raccord avec le reste, avant de me donner un loup que je plaçai sur mes yeux. Les marques irrégulières des doigts sur la peau me marbraient de légères variations, comme les marques du léopard ressortent sous certains rais de lumière dans la fourrure de la panthère noire. Je me sentais panthère, je me sentais succube, je me sentais magnifique. Elle ne me laissa pas le temps de m'admirer mais me tendit le pot. J'en sortis une première poignée de pâte que je commençai à lui étaler sur le dos sans réussir à totalement dissimuler ses tatouages. Je craignais que ces derniers la trahissent et voulus lui en parler quand on entendit la porte extérieure s'ouvrir et une voix de femme s'écrier : - Y'a quelqu'un ou on est les premières ? - Venez ici, fit Laurène d'une voix forte, on se prépare. Trois jeunes femmes survinrent dans le vestiaire. La première fronça les sourcils en me voyant : - Oh, toi je ne crois pas t'avoir rencontrée. Tu es nouvelle ? - Oui, c'est une des nouvelles, répondit Laurène. Préparez-vous vite, il faut qu'on laisse de la place aux autres, après. Aucune ne me demanda qui j'étais. Elles se déshabillèrent, collèrent leur queue ainsi que celle de Laurène, celle-ci ayant préféré qu'une fille plus expérimentée que moi s'en chargeât. Très vite de nouvelles filles arrivèrent, puis on entendit des voix d'hommes dans le vestiaire d'à côté. Il n'y eut bientôt plus de place, tous ceux et toutes celles déjà prêtes durent s'en aller attendre dans la grande salle où se trouvaient aussi d'autres personnes, mais habillées normalement, dont Naïma qui parlait à toute vitesse avec un homme très âgé. Nos regards se croisèrent, elle tiqua mais ne dit rien, continuant sa conversation avec le vieillard. Bientôt nous fûmes une petite vingtaine de succubes et presque autant de satyres. Les femmes étaient jeunes, à ce que je pouvais voir, aucune ne devait avoir plus de trente ans. J'étais clairement la plus jeune, et j'essayais de laisser mes douze ans, pas encore treize, inaperçus de tous en restant dans mon coin. Quelques autres succubes et satyres, plus timides que les autres, devaient aussi débuter. Il y avait toutes les formes de succubes, tous les corps, avec des gros ou des petits seins, des hanches larges et voluptueuses, des petits culs, des femmes grandes ou plus ramassées. Les satyres sortaient d'un moule plus uniforme : ils étaient tous costauds, le plus léger devait facilement dépasser les quatre-vingts kilos. Certains paraissaient athlétiques, musclés comme s'ils sortaient d'une salle de muscu mais la plupart pouvaient venir d'un club de rugby de village : torses nus, massifs, un peu de ventre, des bras énormes et gras, des mains épaisses de maçons ou de paysans, des cuisses solides qui les tenaient attachés au sol comme des troncs d'oliviers. Ils portaient un masque au nez bizarrement crochu qui leur recouvrait la tête mais dégageait le menton et la bouche, les faisant ressembler à des acteurs de la Commedia dell’arte. Sur leurs jambes nues étaient collés des lambeaux de fausse fourrure, parfois aussi sur le torse, même si beaucoup, naturellement velus, n'en n'avaient guère besoin de plus ! Et sur le devant, tous portaient fixées au caleçon la plus grosse carotte qu'ils aient pu trouver ainsi que deux belles pommes ! Une succube monta sur une chaise et prit la parole. Je reconnus la voix de Laurène. - Merci à tous d'être présents et ponctuels. Je vois que tout le monde est prêt, nous avons un peu de temps devant nous. Quand le cortège passera à notre hauteur, les anciens nous feront signe de sortir et dégageront le passage jusqu'au cortège. Je sortirai la première avec le maître des satyres. Pour ceux et celles qui débutent, ne vous inquiétez pas, tout le monde a débuté un jour. Vous connaissez les consignes, jamais devant les marguilliers de tête, jamais derrière le prêtre. Pour le reste, faites comme les autres, laissez vous emporter par la musique et l'ambiance, et amusez-vous. Y a-t-il des questions ? Il n'y en avait pas. Elle redescendit de sa chaise et se posta près de la porte de sortie, un satyre aux bras énormes et aux cheveux grisonnants à ses côtés. Nous fîmes spontanément une file derrière, je m'arrangeai pour être juste derrière la maîtresse. Celle-ci se retourna, m'aperçut et m'adressa un clin d’œil avant de discuter à voix basse avec le satyre à côté d'elle. C'est une chose que de se déguiser, presque nue, entre filles dans une salle fermée. C'en est une autre que d'attendre de sortir dans la foule ainsi dévêtue en compagnie d'hommes arborant des attributs extraordinaires pour s'en aller danser une farandole paillarde ! Je me concentrai sur mon souffle pour maîtriser le stress, le trac qui montait. On entendait déjà, par dessus le brouhaha de la foule, la musique qui se rapprochait. Naïma ouvrit la porte et resta dans l'ouverture, guettant l'arrivée du cortège. La musique s'amplifiait, on l'entendait bien désormais, on distinguait l'harmonie. Naïma s'effaça d'un coup. - Allez-y, fit-elle avec un signe de la main, c'est le moment. Vite, vite. Nous sommes sortis dans la ruelle en courant et l'avons remontée vers le tumulte de la fête. Ce qui me frappa aussitôt dehors, c'était la chaleur lourde, moite, dont nous avions été préservés dans la relative fraîcheur de la salle, et qui avait encore monté pendant que nous nous préparions. L'air était chaud et humide, presque poisseux. Nous sommes passés entre des ganivelles écartées que gardaient des anciens, tenant la foule à distance, pour débouler directement au beau milieu des musiciens de la fanfare. Ceux-ci désaccordèrent leurs instruments, produisant un tintamarre du plus bel effet pour saluer notre venue, comme s'ils avaient été surpris de nous voir arriver là. Je suivis la maîtresse qui remontant vers les chars, laissait de la place au reste de la troupe. Alors la musique reprit. Forte, puissante, rythmée. Les fifres sonnaient, les tambourins rebondissaient dans les mains, les tambours résonnaient, les cuivres éclataient de joie de vivre, les harmonies ricochaient le long des murs des maisons pour envoyer jusqu'au ciel leurs notes claires. Je fis comme les autres et commençai à danser. Au début j'avais repris les pas appris l'avant-veille, reproduisant la geste des danseurs juste derrière moi. Je compris vite que je n'étais pas dans le bon rôle : les succubes et les satyres couraient d'un endroit à l'autre, interpellaient les spectateurs, s'accrochaient aux chars ou bien faisaient semblant de les pousser. Un satyre particulièrement souple marcha sur les mains à côté des danseurs. Une succube attrapa un spectateur pour le forcer à lui embrasser le nombril. Alors j'improvisai, tâchant d'oublier mon absence de vêtements, essayant de secouer mes petits nichons, de jouer avec mon corps, de faire fi de mes pudeurs. Ce n'était guère facile, je me sentais empruntée, maladroite, je luttais contre l'envie de repartir dans la salle me changer en collégienne normale et me contenter de regarder le spectacle. C'est quand nous sommes arrivés en haut de la ville, juste à côté de la place Vieri, que nous avons entendu au loin le premier roulement sourd du tonnerre dans le jour finissant. Encore éloigné, il annonçait l'orage. Une mule, effrayée par ce son, renâcla, mais son conducteur en tenait fermement le licol et la maîtrisa bien vite. C'est alors qu'un déclic se fit dans ma tête : je ne suis pas une mule, pensai-je, je sais ce qu'est l'orage, et il est loin. Je ne suis pas Manon, collégienne de Neuilly, je suis une succube, je suis faite pour l'orage, la tempête, la fête et l'ivresse du moment. Je suis une danseuse, une tentatrice, un démon de l'été, je suis le rythme et la sensualité. Jusqu'alors la musique n'était qu'un élément parmi d'autres, je faisais de mon mieux pour la suivre dans ma danse timide. Elle me rentra soudainement dans le corps, je devins liane souple, j'ondulais sans effort, jouant de mes jambes, de mes bras, de mon bassin, de mes petits nichons. Tout s'envola : le latin, l'allemand, les cours de maintien et les convenances, les mathématiques et le français, les bonnes notes obligatoires, tout disparut de mon esprit en une fraction de seconde. J'avançais vers les spectateurs, ondoyant comme une chatte, je caressais le visage d'un inconnu en tirant la langue, reculant en faisant signe à l'homme de me suivre, me caressant les cuisses et le ventre sans pudeur. Je remuais les fesses, bougeant mon cul, jouant avec la queue de silicone que je sentais battre derrière moi. Je me rapprochais des spectateurs, tirait ma queue entre mes cuisses pour la faire ressortir par devant, j'en plaçais la pointe dans la main d'un spectateur et ondulait du bassin dessus, comme si je me masturbais la chatte sur le silicone, semblant prendre du plaisir. La foule applaudissait, riait, n'attendait que cela, que succubes et satyres viennent à sa rencontre. Nous étions les diables de la fête, la meilleure partie, celle que tout le monde attend et espère. Dans cette chaleur moite, l'air paraissait s'épaissir de minute en minute, la sueur commença à me couler sur le corps en traînées fines emportant un peu de maquillage. Les autres succubes étaient dans le même état, il me paraissait que ça en accentuait la sensualité. J'avançai jusque à l'avant, devant les bannières. Par jeu, je fis mine de dépasser les marguilliers qui croisèrent leurs grands bâtons pour m'en empêcher. Je tentai de les amadouer, leur montrant mes seins, mon cul, me caressant ouvertement, comme si je m'offrais à eux pour qu'ils me laissent les dépasser. Je ne reçus en réponse, outre les encouragements du public, que la vision de leurs dos indifférents. Mimant le dépit, je leur adressai le feulement d'une chatte en colère, griffant l'air de mes ongles, petit démon contrarié que j'étais devenu. Nous étions presque revenus à la place des Romains, débutant là un deuxième tour de circuit. Je revins en arrière, croisant les danseurs à côté desquels une succube embrassait sur la bouche un satyre qui lui pelotait les seins. Je passai au milieu des musiciens, les bras levés, ondulant au milieu d'eux, tirant la langue, me cambrant. Dix mètres derrière eux s'avançait le curé ; devant lui, je me penchai, présentant mes fesses, lui offrant de venir s'accoupler avec moi. Du bout de son goupillon il m'envoya des gouttes d'eau et je me redressai vivement, me frottant les fesses comme si l'eau bénite avait brûlé mon cul démoniaque. Une succube aux hanches larges et aux seins imposants avait vu la scène, elle s'est approchée et nous avons twerké ensemble en direction du prêtre, ondulant de la croupe, attendant qu'il nous arrose d'eau bénite pour nous éloigner rapidement, avec des visages furieux. Elle m'a saisie par la nuque, m'a embrassée sur la bouche, avec la langue, me relâchant de temps à autre pour bien montrer nos langues aux spectateurs qui applaudissaient au spectacle et riaient de nous voir essayer de faire basculer le prêtre dans le péché. Pendant ce deuxième tour, l'air devenait de plus en plus lourd, les grondements annonciateurs de l'orage se rapprochaient par à-coups. Quand nous fûmes tout en haut de la ville on commença à distinguer au loin les éclairs qui frappaient les roches des montagnes, plus loin. La sueur me coulait dessus mais je m'en moquais, indifférente à tout ce qui n'était pas mon rôle. Les danseurs aussi étaient en nage, leurs chemises blanches leur adhéraient au corps et les voiles des danseuses voletaient moins, alourdis de transpiration. Il me semblait qu'ils n'en étaient que plus vaillants, et plus érotiques, aussi. Les torses des satyres étaient luisants de transpiration, les poils collés sur les épaules et la poitrine, le maquillage des succubes étaient striés de coulures. Nous étions soufflants, trempés, animaux magnifiques se contorsionnant au son des fifres et des accordéons. C'est au début du troisième tour qu'un des satyres, peut-être bien le plus gros, a eu l'idée de me brandir comme une bannière. Il me souleva d'une seule main, le bras tendu au dessus de sa tête. J'étais assise sur son énorme paluche, je sentais quatre de ses doigts écartés formant comme un fauteuil sous mon cul, son pouce directement sous ma fente, alors que de son autre main me tenait fermement la cheville, assurant mon équilibre. Je me savais pas bien lourde, à peine quarante kilos, et lui devait en peser le triple ! Remuant sacs de ciments et parpaings à longueur de journée, il me tenait en l'air, gamine que j'étais, sans effort apparent, s'offrant le luxe de remuer son pouce contre ma fente, peut-être par inadvertance, mais je n'y crois guère... Il me promena ainsi plusieurs dizaines de mètres sous les hourras des spectateurs et les flash photographiques dans la nuit qui s'était installée et contre laquelle les lampadaires luttaient de leur mieux, éclairant les rues par flaques de lumière jaune. Ce n'est quand il me fit descendre que je m'aperçus que mon string avait disparu. Je ne m'en émus pas : j'étais tellement emportée par la transe et l'excitation que l'absence de ce pauvre morceau de tissu ne représentait plus grand chose. Et à moins de regarder fixement en sachant ce qu'il cherchait, aucun spectateur ne devait le remarquer. Je me remis à danser, plus féline, plus souple, plus exubérante que jamais. C'est alors que l'orage, après nous avoir laissé faire deux tours de circuit et débuter le troisième et dernier, après s'être laissé oublié depuis un bon quart d'heure, se rappela à tous. Il était venu du sud-ouest, avait remonté la vallée de la Doule, oscillant d'une rive à l'autre en laissant échapper ses éclairs sur les hauteurs des grosses collines qui le guidaient comme des gardes-fous avant de suivre silencieusement la dernière partie de la vallée, comme un voleur. Bloqué alors par le massif des Évêques auquel s'adossait la ville, il éclata de colère quand cette première vraie montagne lui barra le passage. Trois éclairs successifs éclatèrent, tombant sur quelque paratonnerre en ville, ou peut-être en dehors mais pas loin. Ils étaient tellement forts et tellement près que tout le monde s'immobilisa de surprise, musiciens compris, à l'exception d'une mule folle de terreur, ruant dans son brancard qu'elle aurait certainement brisé si son conducteur n'avait fini par la maîtriser en se pendant au licol par les mains, bloquant l'animal la tête en bas. Après quelque secondes de stupeur muette, les marguilliers commencèrent de relancer le cortège, mais l'orage fou furieux en décida autrement : il semblait qu'il n'avait apporté toute cette eau dans les nuages que pour maudire la Saint Jean, pour en briser la liesse et la joie, contrarié qu'il était de nous regarder d'en haut sans pouvoir rire et danser avec nous, il la jeta en une pluie si drue et si épaisse que tous ceux présents là en furent trempés en quelques secondes. La pluie froide me tombait sur les épaules plus fort que sous la douche. Autour de moi les spectateurs fuyaient par les rues, courant vers un abri ou leurs voitures. Les conducteurs de mules faisaient demi-tour avec leurs charrettes pour s'en aller abriter leurs animaux sous les arcades de la place des Romains. Les danseurs et danseuses couraient, les porteurs de bannières avaient baissé leurs mâts et couraient de même, un devant un derrière portant les bannières baissées, vers un abri que je ne devinais pas. Les succubes et les satyres avaient déjà disparu. Les premières rigoles d'eau se faufilaient entre las pavés de la rue en pente. La pluie cachait tout, masquait tout, on n'y voyait pas à dix mètres. Incapable de rien, je restais fichée là, l'eau me courant sur le corps, emportant des traînées d'ocre comme si ma peau en saignait de tristesse, laissant une petite mare rougeâtre entre mes pieds, vite emportée par la pluie. - Ne reste pas là, petiote, viens ! Un marguillier m'avait attrapée par le bras, me forçant à courir vers le bas de la rue. Soudain j'aperçus devant moi la silhouette brinquebalante d'un char que nous avions rattrapé alors qu'il se hâtait vers les arcades. Mais avant d'être à sa hauteur, l'homme me tira par le bras entre deux murs rapprochés, dans un endroit qu'aucun lampadaire n'éclairait. Cet homme m'embarquait de force et m'emportait dans un endroit inconnu, alors que j'étais nue et sans défense. La terreur s'est emparée de moi, j'aurais voulu me débattre contre sa force, j'aurais voulu crier contre les roulements de l'orage. Il s'est arrêté, a descendu quelques marches et a ouvert une porte pour me pousser devant lui, dans la lumière et la chaleur d'une grande salle pleine de monde, me suivant de près avant de refermer la porte. - Putain con, qué fi de garce celui là ! Tu parles d'un orage, dis ! Le marguillier secouait sa veste trempée. Devant moi, dans la grande salle d'où nous étions partis et où il m'avait traînée, ils étaient tous là : les succubes et les satyres, la plupart des danseurs et danseuses, quelques musiciens, deux ou trois marguilliers, riant ensemble de se retrouver à l'abri de cet orage qui avait mis fin à la fête, se secouant, se frottant pour enlever l'eau qui les trempait encore. - Dis, mignonne, me demanda le marguillier, t'attendais quoi, sous la pluie ? Que ça s'arrête ? - Non, je... j'attendais pas. Je ne savais pas, j'ai été surprise. Merci monsieur. - Vaï, vaï, t'embête pas à me remercier, va. Té, je suis marguillier après tout, c'est à moi de ramasser les perdues. C'est ta première fois, peut-être ? - Oui. J'avais jamais fait avant. - Ça explique, ça explique. Con d'orage, va ! Mais c'est bon, on a fait le plus gros du défilé, ça comptera. Va plutôt voir la Maîtresse des succubes, dis-lui que tu es là, elle doit compter ses troupes, je pense. Me faufilant entre les personnes, je filai voir Laurène que je reconnus sans peine à ses tatouages transparaissant sous l'ocre. Elle m'accueillit avec soulagement, me pressant contre elle. Un accordéon commença de s'accorder, suivi par un fifre, et ils se mirent à jouer ensemble, narguant l'orage impuissant qui ne pouvait les couvrir des ses grondements que par intermittence. D'une cuisine que je n'avais pas remarquée sortit Naïma : - À table tous. Le défilé est fini, tout le monde a dansé. Il est temps de reprendre des forces. Dans le joyeux mouvement qui suivit, je me retrouvai assise sur un banc entre un satyre et un trompettiste. Des femmes surgirent de la cuisine en portant au dessus d'elles des monceaux de victuailles, comme des trophées. Elle posèrent sur les tables des plats de charcuterie débordant de tranches de jambon, de saucissons, de pâtés, de rillettes, de lard fumé, de pain de campagne aux tartines épaisses comme deux de mes doigts, des saladiers emplis de piémontaise, de salade niçoise, de cerises, de pommes, de bananes. Elles déposèrent au bout de chaque table des piles d'assiettes, de verres, des paquets de couverts que nous nous distribuâmes. Elles s'en revinrent encore avec des bouteilles de vin, de jus de fruits et des cruches d'eau. Au son de l'accordéon et du fifre qu'avaient rejoints deux trompettes assourdies, le repas se lança brusquement. On entendait les rires fuser, les mâchoires claquer sur le pain et la viande, les bouchons sauter, les verres se remplir. On entendait l'accordéon vif aux notes aussi agiles qu'un écureuil de printemps, le fifre aigu qui tenait sa tonalité haute, on entendait les plaintes joyeuses d'une trompette. En sourdine, on entendait la cavalcade de l'eau qui dévalait les pavés dehors, pour s'en aller transformer comme à chaque orage la Doule en torrent monstrueux mais impuissant tant que personne ne se mettait en travers de son chemin. On entendait par instant les craquements de l'orage obstiné à essayer de passer les Évêques, il me semblait qu'il était un boxeur gigantesque frappant comme un sourd un mur immobile, alors que la lumière de ses éclairs passait par les soupiraux, éclairant la salle comme des flashs. La montagne impassible en avait vu bien d'autres et faute de mieux la furie impuissante de l'orage se déversait sur la ville. Le brouhaha des discussions, des rires, des chansons se mêlait au tout, rumeur folle, instant magique quand les lois du monde s'éloignent pour un instant. Je me découvris une faim de loup. J'engouffrai les tranches de salami, le pain de campagne épais, et avec ça je fis passer une saucisse sèche et une banane. Je chantai à l'unisson des chansons que je ne connaissais pas. Je bus même un demi-verre de vin rosé ; mais guère plus, le goût ne me plut pas, et le trompettiste qui avait vite délaissé son instrument pour faire le service remplit à la place mon verre de jus de pomme ou d'eau, autant que je voulais. Dans cette salle basse, les murs épais avaient gardé une bonne part de la chaleur de la journée, on ne ressentait pas le froid de la pluie du dehors. Et les nombreux corps serrés, nus ou pas, réchauffaient les frileux, nul ne songea à se rendre aux vestiaires pour se rhabiller. Quand les estomacs furent remplis, avant que l'ambiance ne redescende et alors que la musique et le tonnerre luttaient encore pour savoir qui des deux aurait le dernier mot, deux succubes se levèrent et commencèrent à danser au milieu des tables. Lascives, elles ondulaient, enlacées, sensuelles comme des démons femelles. La pluie avait raviné la teinture rouge de leurs corps en zébrures irrégulières devenues des tavelures sombres après avoir séché ; elles n'en n'étaient que plus animales et plus sensuelles. La pudeur et les bonnes manières semblaient avoir déserté cette soirée magique. L'inspiration me poussa à monter sur la table, écarter quelques assiettes et me mettre à danser moi aussi, ondulant et tournant sur moi, mince couleuvre dressée pour le plaisir de mes convives. Une danseuse, après avoir rejeté son bustier trempé, se tenait non loin de moi, avec derrière elle un satyre qui se collait à elle. Ils bougeaient de concert, dans une mimique sans équivoque, frottant langoureusement cul de danseuse contre sexe de satyre. Elle se pencha en avant alors qu'il la tenait par les hanches. Un danseur s'en vint devant elle, elle lui défit tout naturellement le pantalon avant de le baisser avec le slip et commença à lui sucer le sexe ! Le satyre derrière lui baissa la culotte et les voiles avant d'enlever son caleçon, laissant tomber pommes et carottes par terre pour la pénétrer lentement mais profondément ! Pour la première fois de ma vie j'assistais à une copulation humaine, et il avait fallu que ce fût dans ces conditions, en compagnie de gens que je ne connaissais pas, dans cette salle où l'ambiance se lâchait totalement, où les corps déjà peu vêtus laissaient tomber ce qui leur restait de vêtements. Pendant ce temps, assis sur une table et les pieds sur le banc, l'accordéoniste et le joueur de fifre imperturbables continuaient leur harmonie. Je ne voulus pas être en reste. Je me penchai en avant, jambes tendues et pieds écartés, offrant à tous ceux assis à la table une vue imprenable sur mon entrejambe, assez bas pour que mes cheveux effleurent la table. Je pris de la charcuterie dans les mains et me redressai, je repris ma danse, jouant avec les pièces de viande, les faisant glisser sur mon corps, frottant les tranches de jambon sur mon sexe puis les déposant directement autour de moi dans les bouches avides des hommes rieurs. En dernier, j'enfonçai presque la saucisse dans ma chatte, mais presque, juste le début, la repris entre les dents et m'accroupis : en face de moi, le satyre mangea l'autre bout, puis progressivement toute la saucisse avant d'arriver à moi et de m'embrasser, la bouche pleine de charcuterie mâchée que nos deux bouches se partagèrent en un baiser sordide mais délicieux comme un blasphème pendant qu'une bonne partie des morceaux de la charcuterie tombait entre nous. Le trompettiste versa un peu de vin sur mon dos cambré et tenta de le boire sur mes fesses mais ma queue de silicone empêchait le liquide d'arriver jusqu'à ma raie. - J'enlève ta queue, me dit-il, ce sera plus simple. - Non, laisse-la-moi ! Laisse ma queue, je veux la garder ! On change de sens. Je voulais rester succube, je voulais rester ce démon femelle dépourvu de limites, aux sens exaltés. Je me tournai et m'assis sur le bord de la table, le corps en arrière appuyé sur les coudes. Il commença à me verser entre les seins, puis sur les seins, le vin rosé de Provence qui suivait sur ma peau les sillons invisibles pour arriver sur les côtés de mes hanches ou sous mon nombril, coulant en très mince filet autour des lèvres de ma chatte. Le satyre ne se fit pas prier et plongea la tête entre mes cuisses ouvertes, lapant le nectar sans souci de se couvrir le visage de maquillage rouge. Presque aussitôt je sentis sa langue se concentrer sur mes lèvres, sur mon clitoris et délaisser la boisson qui finit par s'écouler sur le sol. Déçu de ne pas avoir pris la place en premier, le trompettiste versait le vin à petite doses, le tétait directement sur mes seins menus. Très vite je me laissai aller, allongée sur la table, gémissant de sentir la langue progresser dans ma chatte, ouvrir les lèvres, fouailler au fond de moi. Je remontai mes cuisses sur ses épaules et l'attirai à moi, lui frappant le dos de petits coups de talons mais il se dégagea de mes jambes et me couvrit de son corps, le visage au dessus du mien, me faisant sentir à l'entrée de mon sexe humide l'extrémité raide du sien. - Tu veux, me demanda-t-il dans un souffle ? Pour toute réponse, de mes pieds derrière ses fesses je me tirai à lui en m'empalant sur son phallus. Si ma chatte était neuve, encore immature, étroite, elle était lubrifiée à son maximum et la bite de cet homme était raide comme un piquet. Lentement mais sans difficulté j'arrivai à me faire prendre jusqu'au fond. Il me redressa alors, me soutenant sous les fesses, et me baisa debout. Il était puissant, il sentait fort la sueur, le vin et la mangeaille, il me bougeait sur lui aussi facilement que si j'avais été une plume. Je ressentais pour la première fois ce que pouvait être la puissance d'un homme fort en rut, une masse de muscles à faire reculer un ours. Et moi, emportée par mes pulsions, hors de contrôle, je me laissais faire, les bras autour de son cou, l'embrassant parfois en longs baisers sales avant de retirer ma bouche pour râler mon plaisir. - Vas-y, baise-moi, baise-moi comme ça ! Hooooo, encore ! J'ai joui la première, presque par surprise, sans voir arriver l'explosion de mon corps. Je crains avoir mordu mon amant, juste en dessous de la clavicule. Mais très vite je l'ai lâché, laissant l'orgasme me prendre, criant comme une perdue. Lui, plus expérimenté, se contenait mieux, remuant sa bite en moi par longs coups réguliers, alternant avec des pauses avant que finalement il ne déchaînât le rythme en me secouant comme un prunier et s'arrêtât d'un coup, le visage tendu, les veines saillantes, sans respirer. Et puis il me serra dans ses bras, m'embrassa et me déposa par terre. Son sperme commença à suinter de ma vulve, coulant sur mes cuisses, mais je n'y pris pas garde, toute entière encore à ma volupté du moment. Autour de moi ça commençait à copuler dans tous les sens. Ça suçait, ça léchait, ça enculait, ça baisait de partout. Un maelstrom de corps s'étalait sur les tables, les bancs, le sol. Des râles, des cris de bêtes s'échappaient en souffles rauques. Les artistes s'étaient mués en un troupeau d'animaux en rut. Devant moi une succube et une danseuse se donnaient follement en un 69 de légende, à côté un danseur debout se faisait sucer par devant par une femme à genoux et enculer par derrière par un deuxième danseur. Un satyre aux muscles formidables, campé debout au milieu de la salle comme s'il en était le maître, tenait contre lui une succube pourtant pas légère, le dos de cette dernière contre son ventre, la soulevant avec ses mains sous les cuisses ouvertes ; je compris aux mouvements qu'ils faisaient qu'il était en train de la sodomiser, alors que par devant un deuxième satyre léchait la chatte de la femme gémissante avant de se relever et de lui enfoncer le sexe dans le vagin. Prise en sandwich devant et derrière, calée entre les torses velus de ces forces brutes, la femme gémissaient, haletait, avant de hurler son orgasme au plafond. Plus loin, une danseuse à quatre pattes se faisait prendre en levrette par un satyre qui la secouait à grands coups de reins, faisant osciller ses seins de vache laitière sous elle, tout en suçant la bite extraordinairement longue d'un danseur ; incommodée, elle laissa la pipe qu'elle faisait pour demander à l'autre homme de la baiser moins fort. Je n'ai pas laissé passer la chose et me suis accroupie pour reprendre en bouche cette longue tige baveuse. Quand la fille se retourna pour recommencer la succion, elle vit que j'avais pris la place. - Vas-y, me dit-elle, il aime ça, et les deux ensemble c'est trop compliqué. Je ne me suis pas fait prier, j'ai commencé à faire de mon mieux, avalant le sexe dur, le suçant, jouant de la langue et un peu des mains. Il était tellement long que si je voulais l'avaler mes lèvres n'en n'étaient pas au milieu du manche que son gland me heurtait la glotte, me donnant envie de vomir. Lui devait aimer les gorges profondes, il m'encourageait à m'enfoncer toujours plus loin : - Avale, avale, tu vas t'habituer, enfonce toi j'ai envie de jouir au fond de ta gorge, pas dans ta bouche. J'ai fait de mon mieux, j'ai essayé d'enfoncer cette bite au fond de ma gorge. Mais j'étais dépourvue d'expérience et il arriva ce qui devait arriver : j'ai vomi. Pas beaucoup, mais vomi quand même. Me voyant faire, il retira son sexe de ma bouche alors qu'une partie du dégueulis me tombait sur le menton le cou et le haut du torse ! En constatant le gâchis, je me suis mise à rire. Lui s'est penché, de sa main il étalé tout sur moi, je me laissais faire, la tête en arrière. Alors qu'il me tâtait les nichons, il s'est exclamé : - Mais t'as presque rien ! Putain con, mais t'as quel âge ? Je n'avais surtout pas envie de lui dire. J'ai tiré la langue, léché un peu sa bite, et l'ai regardé dans les yeux. - Pourquoi ? C'est important, mon âge ? J'ai envie, c'est tout, et toi aussi t'as envie. - T'as raison, pas d'importance. Viens, si tu aimes, je vais t'apprendre un truc. Pour toi, je crois bien que ce sera nouveau. Il me souleva par les aisselles, m'assit sur une table et me fit basculer en arrière, allongée sur le dos, installant mes chevilles sur ses épaules avec mes fesses au bord de la table. Il a ouvert un pot de rillettes, en a raclé le dessus de ses doigts et m'a montré le résultat, un tas de graisse blanche : - Du saindoux. On ne fait pas mieux pour baptiser le cul des petites filles, ça va entrer tout seul. Il a commencé à me beurrer la raie du cul avec cette graisse, son index appuyant sur mon anus, le sollicitant et tournant autour jusqu'à l'ouvrir et y plonger le doigt, le tourner encore, écarter mes sphincters et y glisser un deuxième doigt. « Glisser » est le mot juste, je peux garantir que le gras de porc est un lubrifiant exceptionnel ! C'était sale, je pouvais sentir monter jusqu'à mes narines des relents épars de ma propre merde, d'ailleurs il ne se gêna pas pour s'essuyer les doigts sur mon ventre. Mais quoi : autour de nous ce n'était que corps dénudés en rut, baises improbables dans toutes les positions, on entendait des râles, des soupirs, des cris de jouissance, des ahanements d'efforts. Ce groupe humain n'était plus qu'un troupeau de bestiaux copulant dans une ambiance de fin du monde, sous le déchaînement des éclairs et le roulement de l'orage, ça sentait très fort la sueur, le foutre, le vin, la mangeaille, mon propre vomi sur les épaules et aussi, à forces d'enculades, un peu la merde. À l'odeur, on aurait pu croire qu'on partouzait dans une écurie ! Dans ces circonstances, ces deux doigts dans mon cul n'ont pas choqué mon esprit trop emporté par la frénésie de mes pulsions ; je n'étais plus humaine, pas plus qu'aucun autre ici présent, je n'étais plus qu'instinct animal, rage de me faire baiser par tous les sens, exultation du corps. Les deux doigts dans mon cul, à ce stade, n'étaient rien de plus qu'une gentillesse parmi d'autres. Et dans ce magma de baise, sous le déchirement du ciel qui hurlait sa rage, encore et toujours assis sur leurs tables, les deux musiciens continuaient à jouer. L'homme est entré en moi lentement mais sans s'arrêter, en un seul mouvement long. Mon cul ouvert a dû faire un effort pour de plus pour accepter la bite, j'en ai grimacé de douleur, mais il connaissait bien son affaire et m'avait assez préparé l'anus pour ne pas rencontrer de résistance sérieuse. Son sexe n'était pas très épais, mais si long qu'il m'avait paru fin quand je le tenais dans mes mains. Là, j'avais la sensation d'un gros serpent qui se glissait dans mon ventre et me maintenait le trou du cul ouvert, Quand ses hanches atteignirent finalement mes fesses, son gland avait déjà poussé sur mon dos et dévié le long de ma colonne, réalignant mes boyaux comme un fourreau redressé pour sa queue raide. Il est resté quelques secondes sans bouger, un sourire vicieux aux lèvres, je lui ai rendu son sourire en tirant la langue et en me caressant les tétons d'une main, me branlant la chatte encore visqueuse de l'autre main. Il s'est marré et a commencé à bouger en moi, lentement mais puissamment. Je goûtai pour la première fois la sodomie. Pour la première fois j'éprouvai ce plaisir profond, primitif et animal qu'on peut ressentir quand elle est bien exécutée. Et cet homme en était un maître : il alternait les rythmes, changeait les positions de mes cuisses, me caressait, se penchait pour m'embrasser. Ensuite il reprit du gras dans les rillettes, il me vint à ce moment l'idée saugrenue que je ne devais pas en manger après qu'il ait remis dans le pot ses doigts mal essuyés de ma merde, il sortit son sexe de mon cul et y rappuya la graisse avant de m'enculer à nouveau en poussant ce supplément de lubrifiant dans mon rectum. Il accéléra le rythme, cognant ses hanches contre mes fesses, me secouant, faisant trembloter mes petits nichons pourtant si fermes. Après m'avoir secouée quelques minutes, il décula et m'installa à genoux sur un banc, Il me sodomisa de nouveau bien profondément et me souleva ensuite en me tenant sous les genoux, comme la femme précédente, m'enculant debout. Pour les hommes de cette salle, puissants comme des grizzlis en rut, une fille légère comme moi était une occasion de baiser debout à ne pas laisser passer. Quoi qu'ici ou là dans la salle, certaines femmes au moins trente kilos plus lourdes se faisaient soulever sans difficulté apparente par ces mastodontes. Un autre homme, sexe dressé, s'en vint devant moi et, détachant les bras de mon enculeur pour me tenir par les épaules, me fit pencher en avant, amenant ma bouche jusqu'à son sexe droit. Je l'avalai aussitôt, sans me poser de question. Il était plus court mais beaucoup plus large, je devais ouvrir la bouche en grand. Je me retrouvai à l'horizontale, embrochée par le cul et tenue par les hanches derrière moi, empalée par la bouche et saisie aux aisselles devant par l'homme à la taille duquel mes mains s'accrochaient. - Je ne vais pas tenir bien longtemps, dit ce dernier, tu vas tout prendre. En effet, je reçus bientôt dans la bouche des décharges successives de foutre. La bouche trop ouverte je ne parvins à en avaler qu'une partie, le reste coulant sur mon menton et mes joues, glissant en lentes dégoulinades sur mon cou. L'homme devant continua à me maintenir, je suçai sa bite qui se ramollissait et rétrécissait vers une taille plus en accord avec ma petite bouche, tout en tétant les dernières gouttes de sperme que désormais je pouvais avaler, alors que je sentais sur mes hanches se crisper les mains de mon enculeur, me cognant le cul à grand « Ahan ! » de bûcheron. Il finit par s'arrêter aussi, crispé au fond de moi, je devinais sa bite m'envoyer au fond du cul toutes les réserves de foutre qu'il avait pu accumuler. Quand ils m'ont laissée, avec quelques paroles gentilles et des petites caresses sur le postérieur, je me suis précipitée pour boire un jus d'orange. Assoiffée, j'en descendis plusieurs verres à la suite. Dans ce moment de lucidité relative, j'aurais voulu avoir un grand miroir pour me regarder : pleine de sueur, les cheveux en bataille et collants, du sperme séché mélangé à du vomi sur mon cou, suintant également de ma chatte et de mon cul, j'aurais fait une excellente succube de film d'horreur. Je n'étais pas la seule : autour de moi, dans cette gigantesque baise orgiaque les corps exsudaient tous leurs fluides sans retenue, sans pudeur. À force de frottements le maquillage des succubes s'était réparti sur toutes les peaux des autres participants, hommes autant que femmes. Je me sentais sale, répugnante, sauvage, animale, jamais je ne m'étais sentie aussi heureuse de vivre ! Ma soif passée, je me dépêchai de retourner vers les autres, offrant mon corps à qui en voudrait. Je ne sais pas combien de bites j'ai sucé cette nuit-là, ni combien m'ont baisée devant et derrière. Je ne sais combien j'en ai branlées, combien de chattes ou de culs j'ai léchés, je ne connais pas le nombre des corps auxquels je me suis frottée, gémissant de désir, je ne sais combien de seins j'ai caressés, combien de mains m'ont touchée, partout. Je me souviens d'un long sentiment de volupté, comme un orgasme infini qui aurait duré des heures. Je sais que bien des hommes ont éjaculé à maintes reprises, encore et encore, sans s'arrêter, les lois ordinaires de l'anatomie étaient restées en dehors de la salle, elles ne s'y appliquaient guère les nuits de Saint Jean, ces nuits quand la bite des hommes peut vous baiser sauvagement durant des heures, jouir en vous encore et encore sans jamais s'arrêter. Je me suis réveillée le lendemain dans mon lit chez Laurène alors qu'il faisait grand jour dehors. En repoussant les draps, j'ai constaté qu'ils étaient tâchés de rouge par mon maquillage qui s'y était collé. Et surtout, l'odeur épouvantable qui me sauta aux narines me remua tellement que je dus faire un effort pour ne pas vomir ! Dans la salle de bain, le miroir me renvoya l'image dune fille aux yeux gonflés, des marques disparates de rouge dispersées sur le corps, des craquelures de foutre et vomi sec depuis les joues jusqu'aux clavicules, sans compter celles en haut de mes cuisses, des traces de merde sur mon ventre et sur mon cul. Sans parler de ma dégaine, voûtée, lassée, ni des douleurs que je ressentais partout. Je décollai ma queue de silicone et je laissai couler l'eau tiède de la douche longtemps sur moi, je me suis savonnée plusieurs fois. La crasse et le maquillage finirent par s'enlever, mais il fallut plusieurs jours à ma vulve tuméfiée par les multiples baises pour retrouver son apparence normale ; je n'ai pas osé prendre un miroir pour vérifier l'état de mon anus... En sortant de la salle de bain j'ai poussé un cri de terreur : une femme monstrueuse et puante s'avançait vers moi, démarche de mort-vivant, le visage grimaçant, la voix rauque me lançant des malédictions épouvantables, la peau sombre suintant de sang et pelant par endroits, exhalant une odeur de charogne avancée, je reconnus immédiatement un zombie des affiches de films qui s'en venait pour m'entraîner dans les enfers. C'était Laurène sortant de sa chambre pour se laver et qui essayait de me dire bonjour... Ce n'est que longtemps après que j'appris que j'avais été ramenée à l'appartement par un marguillier ou un de ses aides, ainsi que tous ceux de cette soirée qui avaient comme moi fini par s'effondrer de fatigue. Il me fallut presque la semaine pour bien récupérer, dont trois jours sans mettre ni slip ni culotte tellement ma chatte était à vif ! Mais je n'ai rien regretté, bien au contraire. J'ai goûté ce soir de Saint Jean à la plus merveilleuse expression du corps, à l'exultation ultime, sans freins ni regrets ni remords. Je suis restée quelques semaines chez Laurène, annulant mon voyage aux États-Unis. Mais je suis allée en Chine, avec mes parents, ce fut un beau voyage, j'ai bien aimé. À la rentrée j'ai repris le latin, l'allemand, les mathématiques et le reste. J'avais désormais le cœur plus léger, j'encaissais mieux la charge de travail que m'imposait mon père et que j'avais fini par faire mienne car je savais dorénavant comment échapper à la pression psychologique de l'excellence scolaire, et je savais trouver les hommes qui m'apportaient ce soulagement. Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais raté une Saint Jean chez Laurène, j'y tiens ma place de succube et je la tiendrai tant que je pourrai le faire. Si vous avez aimé ce texte, remerciez La Petite Fille Modèle, c'est une motivation pour continuer d'écrire : lapetitefillemodele[at]tutamail.com (remplacez [at] par @) Cette œuvre littéraire vous est offerte gratuitement, son auteur en conserve la propriété intellectuelle. Sauf si stipulé autrement, vous pouvez la republier sur un autre site gratuit à condition de ne rien modifier et de laisser les notices de début et de fin de page. Ceci provient des histoires taboues (infos : https://tinyurl.com/infosht). Gardez à l'esprit que toutes les situations décrites dans ce texte ne sont que des fantasmes. Avoir des relations sexuelles avec un mineur de moins de 16 ans est un délit voire un crime passible de nombreuses années de prison dans la plupart des pays du monde.