Filename: veille.txt
Author: oosh@gmx.net
Keywords: FF,lesbian,transcendental
Language: French, français
Title: Dernière veillée d'armes

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[Conte dédié à la gloire de France et à celle de sa patronne; traduit par
old.fox@vt4.net, rédaction par iago_72@yahoo.com, auxquels mes remerciements
les plus profonds. Tout erreur qui reste est le mien - notifiez-moi et je
ferai la correction tout de suite! - O.]


Dernière Veillée d'Armes

- février, 2002


-	Mon Dieu! Que tu m'as fait peur!
 
Mon entrée soudaine l'avait effrayée.

-	Je suis désolée... j'ai été envoyée...

Je ne savais pas comment lui expliquer. Elle se leva alors en frottant ses
poignets meurtris. Je savais qu'elle avait été enfermée un certain temps dans
un cachot, qu'on l'avait attachée par le cou, les pieds et les mains de sorte
qu'elle ne puisse plus bouger. Elle fut immobilisée pendant plusieurs mois
avec de lourdes chaînes. Mais ceci était sa dernière nuit, et même ses juges
savaient qu'elle était inéluctablement résignée à son sort. Il était clair
qu'elle avait gagné le respect de ses geôliers, malgré eux. Non seulement les
menottes avaient été enlevées: une cotte de maille, symbole de son ultime défi
à l'Anglais honni, lui pesait lourdement sur ses épaules. Sans doute prêtée
par l'un des gardes, elle était beaucoup trop grande pour elle, et portait
attention à sa très petite taille.

Pourtant, cette poupée minuscule, cette jeune paysanne trapue et toute en
muscle avait non seulement semé la terreur chez les usurpateurs anglais grâce
à son génie guerrier: cette pucelle inculte et illettrée des campagnes avait
enduré pendant des mois les interrogatoires de soixante ecclésiastiques des
plus retors et répondu sans peur, avec honnêteté, avec une provocation allègre
et sûre d'elle-même. Elle n'avait fléchi qu'une fois – une fois seulement –
sous leurs intimidations sans pitié.

Je la regardai avec émerveillement, et elle aussi semblait prise d'admiration
pour moi.

-	Tu ...Tu es descendue des cieux. J'en suis sûre...

-	Pourquoi dis-tu cela? Nous sommes tous venus des cieux.

Elle fronça les sourcils.
-	Non ... non... non pas tous.

-	Tu veux parler de Cauchon?

Elle releva la tête d'un air méprisant.
-	Ah! Cochon!

Je me mis à rire, mais elle semblait confuse et se frappa la paume du poing.
-	Je n'aurais pas dû dire cela. C'est un péché.

-	Sa malveillance t'amène au péché. Malgré toute l'autorité dont il jouit,
Cauchon n'est qu'un esclave de ce bas-monde et de ses tentations. A l'heure
qu'il est, il est à son pupitre en train de décrire par le menu ce qui le
convainc de tes pratiques de sorcellerie et de magie noire. Alors qu'il
cherche à se justifier devant roi, synode, pape et concile, le destin fera de
ses paroles l'instrument de sa propre condamnation.

-	Je n'ai que faire de leur jugement. Sainte Catherine m'a déjà révélé ce qui
adviendra de lui et de ses complices.
L'évocation de ce souvenir la fit trembler.
-	Je ne crains plus pour ma personne, dit-elle, mais pour la leur.

-	L'histoire le condamnera et chantera tes louanges. Il en sera de même, dans
ce monde comme dans l'autre.

Son regard se fit plus sombre.
-	Je te l'ai dit: je ne me soucie aucunement du jugement de ce monde.

-	Aucunement? De quoi te soucies-tu alors?

-	Je n'ai que trois souhaits: d'abord ma propre délivrance, ensuite que Dieu
achève ma tâche, et enfin le salut de mon âme.

Elle se dressa de toute sa petite taille, tellement obstinée dans sa lourde
cotte de maille, les jambes solidement plantées au sol, les poings serrés
comme si elle était prête à se battre avec quiconque mettrait ses paroles en
doute; pourtant, elle semblait avoir peur de poser les yeux sur moi.

-	D'abord, en ce qui concerne ton premier vœu, Pucelle, connais-tu déjà la
voie de ta propre délivrance?

Elle resta silencieuse pendant un moment; puis elle décroisa les bras et
ouvrit les mains dans un haussement d'épaule expressif.
-	Mes voix m'ont parlé... mais leurs propos sont obscurs.

-	Et qu'est-ce qu'elles t'ont dit?

-	Que mon âme serait délivrée...
Elle baissa les yeux et murmura:
-	...mais que mon corps ne le serait pas.

-	Est-ce là tout ce qu'elles t'ont dit?

-	Non. Elles m'ont aussi dit que je ne devais pas avoir peur. Elles me l'ont
répété sans cesse. Elles m'ont dit d'avoir confiance en Dieu.

-	Et Lui fais-tu confiance?

Elle serra à nouveau les poings.
-	Tous les hommes sont des menteurs. Dieu seul est digne de confiance!

Elle me lança alors un regard perçant et je la regardai dans les yeux.

-	Pucelle, tu dis la vérité. Tu éprouveras de la douleur, mais elle sera
moindre que celle que t'a occasionnée cette flèche à Orléans.

-	Ce n'était rien! Je ne l'ai à peine sentie.

-	Moindre que celle que tu as ressentie à Paris ou lors de cette chute à
Beaurevoir.

-	Je ...

Elle s'apprêtait à m'interrompre mais d'un geste je lui enjoignis le silence.
-	La souffrance ne sera même pas celle que ta mère Isabelle a endurée quand
elle t'a mise au monde. Et par amour pour toi, elle revivrait avec joie encore
dix fois cette souffrance.

Les yeux baissés, elle hocha lentement la tête.
-	Mais ...comment sais-tu cela?

-	Et maintenant, en ce qui concerne ton second souhait, que Dieu aide la
France. Sache que les flammes qui s'allumeront demain sur la place du marché
brûleront dans le cœur de tous les Français jusqu'à ce que les Anglais soient
enfin boutés hors de toute France.

À ces mots elle éclata de rire et applaudit.
-	Je le sais. Dieu me l'a dit.

À nouveau elle me regarda et à nouveau je perçus une lumière intérieure. Je
continuai:
-	Mais il  y a plus, bien plus que cela. Le feu qui sera allumé demain brûlera
à travers le monde entier et ne s'éteindra jamais.

-	A travers le monde entier? Je ne comprends pas...

-	Toute femme quelle qu'elle soit qui entendra parler de tes actes ou
apprendra ton courage, qu'elle soit jeune ou vieille, Française ou – oui, même
Anglaise, sentira dans sa poitrine ce feu renaître à nouveau; et chacune sera
fière d'être Femme après toi.

Elle baissa la tête, touchée par ces paroles.
-	Mais j'ai échoué. J'ai failli à ma tâche plusieurs fois...

-	Et cela nous amène à ton troisième vœu: le salut de ton âme. Oui, tu as
failli. Tu as failli à Beaurevoir et tu l'as fait à nouveau jeudi dernier.

-	Oui, cette fois là en particulier. J'avais peur du feu. Je me suis damnée
moi-même pour sauver ma vie. Mais c'était une faute que je peux racheter... et
je le ferai demain.

-	Le Seigneur qui connaît toute chose, sait très bien que la croix que tu
portes pour Lui et pour la France est un lourd fardeau. N'oublies pas qu'il
est Lui-même tombé trois fois sur le chemin du Golgotha.

-	Et Lui au moins avait Simon de Cyrène pour l'aider.

-	C'est pourquoi je suis ici. Tu n'as pas été abandonnée. Rappelle-toi combien
de fois tu as prié tes gardiens pour qu'une femme puisse être à tes côtés.

-	Alors, ce sont eux qui t'ont envoyée ici?
Elle regarda vers moi une troisième fois, d'un air méfiant d'abord; puis je
vis sa lumière intérieure reparaître.
-	Non, cela ne peut pas être, murmura-t-elle en me regardant dans les yeux
pendant que je regardais dans les siens. — Tu ne me parles pas comme si tu
étais envoyée par eux. Et tu es belle.

Alors je m'agenouillai devant elle, je saisis le bord de sa cotte de maille et
l'embrassai.
-	Ma beauté, c'est à toi que je la dois, Jeanne.

Elle recula.
-	Pourquoi fais-tu cela?

-	Demain, cette cotte de maille sera déchirée en morceaux, et chaque morceau
divisé en une douzaine de fragments et chacun d'eux sera considéré comme une
précieuse relique qui sera embrassée sans fin par les fidèles fils et  filles
de la France.

-	Comment...?

-	Simplement parce que tu l'as portée, Jeanne. Mais maintenant il est temps de
l'enlever, car c'est dans un vêtement de femme que tu dois livrer ta dernière
bataille: cette nuit tu t'allongeras avec moi.

À ces mots je vis à nouveau une lumière poindre dans ses yeux: la lumière de
la tendresse.

-	Qui es-tu? Quel est ton nom?

-	Il ne m'est pas encore permis de te le dire: pas avant de t'avoir embrassé
trois fois. Et quand tu sauras qui je suis vraiment, il nous faudra nous
séparer. Pour ce qui est de mon nom: ceux qui m'aiment m'appellent Marianne.

-	Marianne..., dit-elle avec admiration, les yeux luisants de désir.
Marianne...

-	Il est tard, nous devons nous mettre au lit. Dévêt-toi.

À mesure qu'elle enlevait ses vêtements, sa respiration devint plus rapide.
-	Tu n'es pas comme Sainte-Catherine, ni comme Sainte-Marguerite.

-	Non. Tu les as connues de manière spirituelle, mais tu sais qu'elles ne sont
pas de ce monde. Pas plus que le Saint-Michel et les anges du ciel.

Elle m'approuva d'un mouvement de la tête. Elle dénuda mon bras et ne put
s'empêcher de le caresser.
-	Mais toi, tu es de ce monde?

-	Oui.

-	Mais si tu es de ce monde...je ne comprends pas. Comment une telle beauté
peut-elle être de ce monde?

-	Tu es aussi de ce monde, et ma beauté, c'est à toi que je la dois, Jeanne.

-	À moi? Elle prononça ces mots dans un souffle en caressant tendrement ma
poitrine. Je ne comprends pas, mais ...

J'étais entièrement nue maintenant et elle recula, sans voix.

-	À toi maintenant, Jeanne. Toi et moi ensemble.

-	Oui, oui ... Elle avait l'air penaud. – Mais je ne suis pas digne...

Je l'aidai à enlever sa cotte de maille et ses méchants habits de prison, en
même temps je la rassurais avec de tendres paroles. Puis je la contemplai.
Elle était livide après cette longue détention et maigre d'avoir enduré
pendant neuf mois un rationnement de pain et d'eau, de chagrin et de
déchirement. Cependant, elle était encore robuste et belle.

-	Tu n'as encore que dix neuf ans, lui dis-je, tu es comme un lys.

Elle sourit timidement.
-	Une fleur de lys, hasarda-t-elle.

-	Une fleur de France. Viens, viens dans le lit.

J'étais couchée sur sa rude paillasse et je lui fis signe d'approcher. Elle se
glissa dans mes bras comme un enfant. Au début elle frissonnait malgré la
chaleur de la nuit, mais peu à peu sous l'effet de mes caresses elle se calma
et s'étendit sans bouger.

-	Tu es belle, Marianne, murmura-t-elle. Puis-je te toucher?

-	Cette nuit, par la grâce de Dieu, je suis à toi.

Timidement d'abord, puis avec une passion grandissante, elle commença à
embrasser mes seins. Mes mains ne restaient pas indolentes, mais alors que sa
passion grandissait, je la repoussai doucement.

-	Oh! – gémit-elle dans un souffle – je suis désolée: ces derniers mois j'ai
été privée de douces caresses et de tendresse. J'ai tellement désiré connaître
une nuit comme celle-ci et prié pour qu'elle arrive! Le Puissant soit loué de
m'avoir entendu et de m'avoir répondu! Oh, Marianne, pardonne-moi de t'avoir
offensée!

-	Je ne suis pas offensée, Jeanne bien aimée. Mais il ne faut pas que tu
m'honores, c'est à moi de te rendre hommage.

Elle sourit alors... un sourire si doux et si langoureux qu'il fit fondre mon
cœur, et avec cette pointe de provocation effrontée qui avait tellement
exaspéré Cauchon, elle redressa la tête et dit:

-	Ainsi donc tu as été envoyée pour m'offrir un baiser? Embrasse-moi alors.

Je ris doucement et lui murmurai à voix basse:
-	Tu ne sais pas encore ce que tu demandes. Je n'ai pas été envoyée pour te
donner un baiser ordinaire.

-	Oh? me taquina-t-elle. Montre-moi alors.

-	Je dois t'embrasser jusqu'à ce que ...
Je l'excitai avec mes doigts et elle se trémoussa de plaisir.

-	Jusqu'à quand?

-	Jusqu'à ce que ton âme quitte ton corps.

Ses yeux sombres rayonnèrent en m'invitant à mettre ce dessein à exécution.
Lentement et de manière sensuelle j'approchai mes lèvres des siennes et je
commençai à l'embrasser. Elle se raidit d'abord, puis s'abandonna à mon baiser
— O! Si tendre fut son agrément! Dans un premier temps elle resta sans bouger,
mais bientôt elle commença à gémir sous mes lèvres et je sentis ses hanches se
débattre contre moi. Alors je quittai ses lèvres et sans cesser de
l'embrasser, je promenai ma langue le long de son menton en direction de sa
gorge. Ses doigts étreignaient mes cheveux, les enroulaient, les caressaient.
Elle s'offrait tout entière à mes caresses sans plus aucune retenue et me
suppliait de continuer mon exploration. Je poursuivis donc ma descente jusqu'à
un de ses seins. La crispation de ses doigts dans mes cheveux m'apprirent à
quel point j'étais la bienvenue et à quel point elle désirait que je m'attarde
à cet endroit.

-	Oh Marianne, Marianne... Je n'ai jamais connu un baiser comme cela! C'est un
avant-goût du paradis... Oui, oui, continue encore et encore, je t'en supplie.

Avec ces mots et des soupirs émanant du plus profond de son cœur, elle
m'encouragea au moment où je pris son sein tout entier dans ma bouche et
caressai de la langue sans discontinuer sa pointe dressée contre mon palais
avec ardeur. Ses gémissements devinrent plus perçants, comme s'ils
jaillissaient du plus profond de son être. Bientôt elle se raidit dans mes
bras, ses doigts comme des serres m'écrasaient contre elle. Puis avec un
soupir longtemps retenu, elle retomba sur le lit, épuisée.

Je me glissai sur elle de manière à ce que nos seins se touchent et pendant
qu'elle s'assoupissait, j'effleurai sa joue d'une tendre caresse. Elle me
remercia avec un sourire d'une telle douceur enfantine que mon cœur brûla
d'amour pour elle.

Quelques instants plus tard, elle ouvrit les yeux et me regarda un long moment
droit dans les yeux, sans rien dire, se contentant de s'imprégner de mes
charmes. Lorsqu'enfin elle se mit à parler, sa voix était normale et même un
peu autoritaire.

-	Marianne, qui es-tu?

-	Ne me reconnais-tu pas à mon baiser?

Elle ferma les yeux à demi et secoua la tête.

-	Dis-moi, Marianne...

-	Je ne t'ai pas encore embrassé trois fois, Jeanne, et tant que je ne l'ai
pas fait, je ne peux pas te répondre franchement. Mais je peux te dire ceci:
je suis la passion de ton cœur et je suis venue à toi.

À ces mots, ses yeux se remplirent de larmes et elle me serra contre elle de
toutes ses forces. Un moment ses épaules tremblèrent et je sentis ses larmes
couler sur mes seins. Ensuite, lentement d'abord, puis avec une passion
grandissante, elle commença à m'embrasser, jusqu'à ce qu'à nouveau je la
repoussai doucement.

-	Non, douce Pucelle, ce n'est pas à toi de me rendre hommage. Ton âme
quittera ton corps par trois fois avant que le jour ne se lève afin de te
préparer à affronter la journée de demain.

Je recommençai alors à la caresser pour faire renaître son désir. Elle se
remit à crier mon nom et à me supplier de l'embrasser à nouveau. Je pris son
sein dans ma bouche et continuai à l'embrasser en glissant le long sa courbe
en direction de la vallée qui me séparait de son frère jumeau resté trop
longtemps délaissé. Je pris celui-ci d'assaut avec ma langue, ce qui la fit
gémir de plaisir. Pendant plusieurs minutes, je fis le siège de cette tour
blanche comme le lait et encerclai le fier pinacle de la pointe de ce sein
jusqu'à ce qu'elle pleure presque à chaudes larmes et s'écrie:

-	Marianne chérie! Prends-moi toute, je t'en supplie. Toute...

Ce sein était peut-être plus sensible que son jumeau; peut-être l'orgasme
précédent l'avait-il rendue plus sensible à mes caresses. Quoiqu'il en soit,
cette fois le moindre contact de ma langue sur ce tendre promontoire
déclenchait un déluge de mots tendres et des convulsions de ses doigts dans
mes cheveux. Elle était si ardente, et j'étais si passionnée, que nous avons
passé une bonne partie de la nuit dans cette position; elle ne se lassait pas
de l'infinie variété des caresses de ma langue: tour à tour elle décrivait des
cercles, effleurait, balayait avec vigueur ou encore se contentait du contact
des cajoles très légères de la pointe de la langue. Je la sentis plusieurs
fois se raidir; à ce moment je devenais très tendre avec elle et la caressais
de mes paumes pour l'apaiser. Lorsqu'elle se laissait aller, elle murmurait
des mots tendres ou des bribes de phrases décousues.

-	Je ne savais pas...Pendant tout ce temps, je n'ai rien connu de tel...
Est-ce que ce plaisir est celui qu'une mère ressent, Marianne? Puisse-t-il
être aussi doux et enchanteur?

Alors je lui imposais le silence de l'amour avec mes lèvres et ma langue, et
ses questions cessaient. Elle ne pouvait que gémir mon nom sans arrêt.

À force de la cajoler, je déclenchais des vagues de plaisir de plus en plus
fortes. Elle se mit à crier:
-	Encore! Oui, comme cela!

Ses mains, qui parcouraient délicatement mes épaules et mon cou, se
transformèrent en griffes qui empoignaient mes cheveux. À bout de force, elle
se serra contre moi avant de s'effondrer, pleine de langueur.

Une deuxième fois je me redressai et la berçai dans mes bras, fiévreuse et
humide de transpiration. Elle m'embrassa, puis elle ouvrit les yeux et prit un
peu de recul.

-	Oh Marianne... est-ce le paradis que tu m'as fait découvrir?

-	Si être aimée est le paradis, alors oui, douce pucelle, c'est bien le
paradis. Mais ce n'est rien par rapport à l'amour des anges et des saints de
notre Sauveur. Ce n'est qu'un avant-goût de l'extase qui t'attend lorsque tu
seras accueillie au ciel.

Elle se mit à pleurer et sourit à travers ses larmes:
-	Comment peux-tu en être si sûre? Est-ce bien de donner le sein à une autre
femme comme si elle était encore un nourrisson?

-	Pourquoi ne serait-ce pas bien si cela est fait avec amour? Et n'est-il pas
convenable qu'une mère donne le sein à sa propre fille?

A ces mots elle s'écarta un peu et me regarda avec effroi.
-	Quoi? Qu'est-ce que tu dis là?
En parlant, elle plissait les paupières.
-	Qui es-tu, Marianne?

-	Après neuf mois d'un emprisonnement pendant lequel tu as souffert pour ma
cause, tu ne sais pas encore qui je suis?

De la tête, elle fit signe que non.
-	Dis-moi, Marianne.

-	Je ne t'ai encore embrassée que deux fois, Jeanne, et je ne peux donc encore
me révéler à toi. Mais je peux te dire ceci: je suis ta propre fille, ta fille
unique, et je suis venue à toi.

À ces mots, elle pleura à chaudes larmes et me serra très fort contre elle.

-	Je ne comprends pas, sanglota-t-elle. Je ne comprends pas comment c'est
possible.

-	Un dernier baiser, pucelle bien aimée, et tu comprendras. Ton corps possède
trois citadelles que seul l'amour peut conquérir. Jusqu'à présent je n'ai
conquis que celle-ci – je touchai l'un de ses seins – et celle- là. Mais il y
a une troisième citadelle que je dois assaillir, et cette conquête sera le
plus délicieux baiser de tous.

Elle demeura un moment immobile; puis, à mon grand amusement, s'esclaffa.
D'abord silencieux, son rire devint de plus en plus éclatant malgré les larmes
qui coulaient encore sur ses joues. Quand elle eut repris son calme elle me
tint ce discours :

-	Quel ridicule! Les citadelles dont tu parles ne sont qu'au nombre de deux.
Et oui, je voudrais bien que tu les embrasses encore, car elles sont bien
dressées après tous tes baisers et toutes tes caresses.

Je me levai, me plaçai au pied du lit et lui fis signe d'écarter les cuisses.

-	Quoi?

Elle se redressa alors pour me faire face.
-	Tu voudrais prendre ma virginité? Une femme n'est capable de faire cela. De
plus, j'ai juré et je ne voudrais jamais...

Je lui fis signe de se calmer.
-	Pucelle tu es, et pucelle tu resteras. Comment peux-tu penser qu'en rendant
hommage au sexe dont je suis issue, je puisse le déshonorer et me déshonorer
moi-même?

C'est avec méfiance qu'elle écarta les cuisses. En m'approchant du temple de
son intimité, je la rassurai avec les plus tendres caresses.

-	Il n'y a pas de citadelle à cet endroit, se moqua-t-elle en gémissant sous
mes attouchements, il paraît que tu te méprends sur mon sexe.

-	Oh non, la détrompai-je, il y en a une si tu veux bien regarder, et elle
n'attend que mon baiser.

-	Ah, ça... tu ne veux quand même pas m'embrasser à cet endroit. C'est là
que... Oh, Dieu du ciel!

Sans plus attendre, je m'étais lancé dans le troisième et ultime baiser.
Tandis que je rendais hommage à son sexe, elle fut prise d'un tel émoi que je
craignis que les gardes alertés par le bruit n'accourent au galop. Ou plutôt
auraient-ils cru simplement que leurs maîtres la soumettaient à nouveau à la
torture. Par prudence toutefois, j'interrompis mon baiser et l'implorai:

-	Tendre pucelle, tu verras à côté du lit la chemise que j'ai enlevée. Prends
la, fais-y un nœud et mords dessus sans quoi tes cris risquent d'attirer les
gardes par ici.

-	Mais je n'ai pas fait de bruit, Marianne...

-	Jeanne, Jeanne chérie...
Je regardai ses yeux fous de désir et je l'en aimai encore davantage.
-	Quand le plaisir t'égare, tu ne sais pas le bruit que tu fais et les cris
que tu pousses. Prends ma chemise, je t'en supplie.

Avec un petit soupir, elle obéit, et je repris ma tendre conquête.

Je ne sais pas combien de fois elle dut se rendre et se laisser emporter par
le plaisir. Je sentais qu'elle luttait de toute sa puissante féminité, et ce
baiser se transforma en une vraie bataille dans laquelle je dus utiliser
toutes mes forces pour la faire succomber au plaisir. Bien plus tard, quand le
premier rayon de soleil pointa à travers les grilles de sa cellule, elle me
parla.

-	Oh Marianne, Marianne, arrête, je t'en supplie! Je suis épuisée. Toute cette
tendresse m'a fait succomber.

Je quittai les charmes de sa vulve et me recouchai à côté d'elle. Je la
laissai se reposer quelques instants contre mes seins pendant que je la
câlinais et continuais à la couvrir de caresses.

-	Oh Marianne, Marianne, qui es-tu pour m'aimer tant? Me diras-tu enfin qui tu
es?

-	Tu n'as pas encore compris? Respire-moi, Jeanne. Que sens-tu?

-	Je sens ... l'odeur de la terre, de l'herbe et des verts feuillages.

Elle hocha la tête et ferma les yeux à demi.
-	Je ne comprends toujours pas. Allez, tu m'as embrassé trois fois: maintenant
je veux savoir.

-	Je vais te le dire. Mais d'abord, mère adorée, je t'en prie, laisse-moi une
dernière fois plonger mon regard au fond de tes yeux.

-	Mais, pourquoi m'appelles-tu mère?

-	Chut! Laisse regarder dans tes yeux et voir ce que je peux y lire...

Je regardai et vis ce que je désirais y voir.
-	Quel merveilleux spectacle!

-	Que vois-tu? – Elle était pleine d'attention maintenant, comme si ses forces
revenaient.

-	Je vois que tu seras couronnée... bientôt... ce jour même.

-	Couronnée?

-	Il n'y a pas qu'une couronne, il y en a deux.

-	Deux couronnes? Explique-moi!

-	La première couronne est magnifique, plus belle encore que celles de
Sainte-Catherine ou de Sainte- Marguerite. C'est la couronne que tu recevras
des mains du Seigneur, notre Sauveur. C'est la couronne du martyre.

-	Dieu soit loué! ...Et la seconde?

-	La seconde est une couronne qui vient du monde. Elle est sertie d'un unique
joyau. Cette couronne tourne comme la terre: c'est le don de l'humanité
pécheresse.

-	Une couronne terrestre?

-	C'est cela. Le trente mai...

-	Le trente mai? Mais... c'est aujourd'hui, n'est ce pas?

-	Tout à fait. Le trente mai, chaque année, ce joyau unique captera les rayons
du soleil et brillera d'une flamme ravivée. À partir d'aujourd'hui ce jour
sera le tien sur la terre jusqu'à la fin des temps.

Elle m'étreignit alors les yeux brillants.
-	Comment sais-tu cela? Qui es-tu, Marianne?

-	Je t'ai embrassé trois fois. Maintenant je peux te parler avec franche
sincérité. Quand tu sauras tout, il nous faudra nous séparer.

-	Pour un certain temps?

-	Oui, pour un certain temps seulement.

Elle me secoua en me faisant presque mal.

-	Alors, dis-moi! Qui es-tu?

J'eus envie de l'embrasser encore une fois, mais cela ne m'était pas permis.

-	Je te l'ai déjà dit, mais à ce moment là tu ne m'avais pas saisi. Maintenant
  tu comprendras.
-	Je suis ta fille, ta fille unique; 
  je suis la passion de ton cœur, le joyau de ton espoir; 
  je suis la Nation fière et libre; 
  je suis la Liberté; 
  je suis la France.